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Aline Sitoé Diatta, la reine de la résistance



8 Mars 2018 - 14:40

C’est dans le Kabrousse, en région sud du Sénégal, qu’a vu le jour celle qui sera surnommée la “reine du Kabrousse” entre 1910 et 1920.
Etait-ce en rapport avec ses origines ? Non ! Aline sitoé n’est pas issue d’une famille princière.

Fille de Silosia Diatta et d’Assonelo Diatta, elle doit son titre glorieux à son destin épique qui fera d’elle une pionnière de la résistance noire et un symbole national !


Aline Sitoé Diatta, la reine de la résistance

Les débuts d’un parcours épique

Chez les diolas (ethnie vivant dans le sud du Sénégal), le neveu ou la nièce est plus important que votre propre enfant.
A la mort de son père dès son plus jeune âge, c’est donc tout naturellement qu'Aline Sitoe Diatta aboutit chez son oncle paternel Elaballin Diatta qui se chargera de son éducation.

Dévouée au culte du travail, c’est en étant encore très jeune qu’elle quitta son village, à 14 ans selon les sources, pour se rendre à Ziguinchor afin d’y trouver un travail en tant que docker. 

Les difficiles conditions de vie à Ziguinchor la pousseront, à seulement 18 ou 19 ans, à rallier la capitale sénégalaise où elle séjournera au domicile d’un riche colon du nom de Martinet en qualité de bonne à tout faire.
C’est durant son séjour à Dakar que lui seraient parvenues des révélations. Selon certains, c'est le 8 mars 1940 qu'elle entendit une voix impérative lui dire “Rentre chez toi ou il t’arrivera malheur”.
Face à son entêtement, la prédiction s'abattra sur elle quatre jours plus tard avec, à la clef, une paralysie totale. 

Elle fut acheminée vers la Casamance pour y recevoir le traitement adéquat, mais ironie du sort, elle se relèvera de cette paralysie dès son arrivée en terre Diola. Si elle se remet de sa maladie, n’empêche qu’elle traînera quelques séquelles manifestées par un boitillement qu'elle gardera toute sa vie.

Une fois cet épisode dépassé, Aline Sitoe Diatta, décida d’assumer pleinement la mission qui lui a été assignée.
Elle consistait principalement en une invite à retourner aux sources de sa culture avec la réhabilitation des cultes animistes traditionnels savamment entamés par la diffusion des religions musulmane et chrétienne.
Elle procédera du coup au rétablissement de l'ancienne semaine Diola de 6 jours: 5 jours travaillés et 1 jour de repos.

Cependant, le fait majeur qui lui vaudra les "pépins" de sa vie est son refus catégorique de toute activité imposée par le colon ! Elle lancera ainsi un grand mouvement de désobéissance civile.
Forte d’une audience considérable, elle n’hésita pas à braver tous les interdits coloniaux ainsi qu’à inviter les populations locales à tenir tête aux français.
Il n’était plus question de payer l’impôt (en nature ou en espèce) exigé par les colons !

Le divorce allait être aussi consommé avec la promotion de la culture de l’arachide au dépens de la production rizicole.
De plus, le contexte assez tendu du moment imposait à la France le renforcement de ses effectifs afin de sortir indemne de la 2nde Guerre mondiale. Mais c’était sans compter sur Aline Sitoe Diatta qui vouait une opposition âpre au recrutement ainsi qu’à l'enrôlement des fils du Sud pour aller défendre la France.

Un cocktail d’arguments assez suffisant pour l’administration coloniale de lui attribuer des intentions d'insurrection avant de la mettre aux arrêts !
 

La prophétesse du Kabrousse

Persuadée d’être investie d’une mission divine, celle qui se fera nommer la “Jeanne d'Arc d’Afrique” n’en finira plus d’émerveiller par ses qualités supra naturelles.

Dans son Kabrousse natal, elle est reconnue comme étant une faiseuse de miracles.
Pour preuve, des témoignages rapportent qu’une violente sécheresse ayant frappé son village et face aux nombreuses sollicitations, elle fit venir la pluie par le biais d’incantations et de sacrifices.
Outre ce miracle, on lui a attribué des pouvoirs de guérison. Partout où elle passait, elle soignait sans même s’en rendre compte. Il lui aurait suffi de serrer votre main et vous voilà débarrassé de vos maladies !

De bouche à oreille, ses prouesses s’étendaient dans toute la Casamance, et les gens accouraient de toute part pour venir à sa rencontre.

Une panoplie d’attributs qui ont fait d'elle le successeur émérite du défunt roi de Kabrousse.
 

Une “sacrée” rebelle

Il était hors de question de suivre au doigt et à l’œil les exigences ou autres réglementations établies par les colons.
Le message commençait à se répandre et les populations le suivirent. Pour endiguer ce qui pourrait créer une révolte populaire, les autorités coloniales la déclarèrent "insoumise et rebelle" et décidèrent de l’éliminer tout bonnement.

Or, chez les Diolas, la coutume veut que la femme s’isole quand elle est en période de menstruation. Par conséquent, elle est sommée de quitter son domicile pour rejoindre les appartements spécialement conçus pour l’occasion.
Une fois sur les lieux, les soldats n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur les populations tuant au passage une femme qu’ils ont confondu à Aline Sitoe Diatta. 

Le jour suivant, elle décida de se livrer à l’autorité coloniale afin d’épargner les populations à un nouveau massacre.

Elle sera alors mise aux arrêts et fera le tour des prisons du Sénégal et de la Gambie avant d'atterrir à Tombouctou au Mali où elle rendit l'âme en 1944 et où elle fut enterrée.

Le certificat de décès atteste qu’elle aurait succombé à un scorbut causé par les mauvaises conditions de détention et la privation de nourriture.

Durant ses 24 années passées sur terre, Aline Sitoe Diatta a su passer à la postérité par le biais d’une résistance d’un autre genre, sans violence, faisant d’elle l’une des plus grande figures de l’opposition colonialiste.

En hommage, à la prêtresse du Kabrousse, le ferry assurant la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor ainsi qu'un stade de football situé dans la ville de Ziguinchor, sans oublier le campus social de l'Université Cheikh Anta Diop (dédié aux étudiantes), portent le nom d'Aline Sitoe Diatta.
S'il a été question de rapatrier ses restes dans sa Kabrousse natale (une promesse de l'ancien Président datant de 2000) la reine du Kabrousse aurait vu cependant sa tombe vandalisée par les islamistes qui occupaient le Nord du Mali...



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