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Cheikh Anta Diop, sur les traces d'un grand homme



14 Février 2018 - 12:30

L’évocation de ce grand homme fait immédiatement songer à l’Université de Dakar qui porte son nom. Illustre intellectuel sénégalais, Cheikh Anta Diop était originaire du village de Thieytou (ou Caytou), situé dans le département de Bambey. Il est né le 29 décembre 1923.

Si beaucoup peinent à s’accorder sur l’orthographe du nom de son village d’origine, il urge de préciser que sa notoriété ne souffre d’aucune contestation d'abord dans le milieu intellectuel Sénégalais en particulier et Africain en général.


Un défenseur de la civilisation noire

Toute sa vie, Cheikh Anta Diop s’investira dans une vaste entreprise de restauration de la valeur de l’homme noir ainsi que de sa civilisation.

Élisant le savoir comme clé de voûte de son combat, Cheikh Anta Diop s’impose très tôt une formation multidisciplinaire afin de disposer de diverses méthodes d’approches. Et cela commence dès son plus jeune âge: après son passage à l’école coranique, il procède à la création d’un alphabet africain alors qu’il n’était qu’au lycée !

Son cursus scolaire réalisé entre Dakar et Saint-Louis sera "sanctionné" par deux diplômes de baccalauréat dans le domaine des Mathématiques et de la Philosophie à l’âge de 22 ans.

Promis à une belle carrière de scientifique, Cheikh Anta Diop suivra pourtant des études en sciences sociales dans la prestigieuse Université parisienne La Sorbonne. Ce sera à l’origine de ses connexions avec le philosophe français des sciences de la poésie et du temps Gaston Bachelard.

Réalisant très tôt la transversalité, et même le dialogue incontournable nécessaire entre les sciences, il se spécialise alors dans la physique nucléaire au laboratoire de Chimie nucléaire du Collège de France sous la direction de Frédéric Joliot-Curie (physicien et chimiste français, membre de l’Académie des sciences et prix Nobel de chimie en 1935 avec sa femme Irène Joliot-Curie).

Avec la création de l’Association des Etudiants Africains de Paris en 1947, Cheikh Anta obtient le cadre idéal pour l’épanouissement de ses ambitions politiques d'où jaillissent de nombreuses pensées révolutionnaires hostiles à l’occupation coloniale.
En lieu et place, il préconise la constitution d’un Etat fédéral africain et s’engage dans une lutte âpre pour l’indépendance des pays africains.

En 1953, il se marie avec Louise Marie Maes, une diplômée d’Etudes supérieures en Histoire et Géographie. De cette union, naîtront leurs quatre enfants.
Son métissage culturel constituera un atout décisif dans la reconnaissance de la valeur de l’Afrique noire et, par-dessus tout, pour l’éradication des disparités entre les races :
 


Cheikh Anta Diop, sur les traces d'un grand homme

 

“Nous aspirons tous au triomphe de la notion d’espèce humaine dans les esprits et dans les consciences, de sorte que l’histoire de telle ou telle race s’efface devant celle de l’homme tout court. On aura plus alors qu’à décrire, en termes généraux qui ne tiendront plus compte des singularités accidentelles devenues sans intérêt, les étapes significatives de la conquête : de la civilisation par l’homme, par l’espèce humaine tout entière.”

Cheikh Anta Diop, Antériorité des civilisations nègres, mythes ou vérités historiques ?, Présence africaine, p.280.

 


Un immense travail scientifique contesté puis reconnu

En 1951, il rédige une thèse de Doctorat ès Lettres sous la direction du professeur Marcel Griaule.

S’appuyant sur l’anthropologie, la linguistique et quelques citations d’anciens auteurs comme Hérodote et Strabon, Cheikh Anta Diop s'attache à démontrer que la population de l’Egypte antique était noire et que sa langue ainsi que sa culture se seraient propagées en Afrique de l’Ouest.
Sa thèse ne sera pas automatiquement validée. En raison de son contenu allant totalement à l’encontre des dogmes de l’égyptologie traditionnelle selon laquelle la population de l’Egypte antique était de race blanche, un problème de jury s'est posé avant qu'il n'obtienne finalement son doctorat.

Pendant ce temps, les idées développées par Cheikh Anta Diop rencontraient un franc succès et seront finalement publiées en 1954 sous la forme d’un livre intitulé Nations Nègres et Culture, l’un de ses ouvrages phares.

Cheikh Anta Diop, sur les traces d'un grand homme
Ce livre lui vaudra la gloire de son vivant et l’immortalité posthume.


A son retour au Sénégal, il enseignera en qualité de maître de conférences à l’université de Dakar où il crée son fameux laboratoire de datation des fossiles archéologiques au radiocarbone, le premier du genre en Afrique !

En 1970, son projet de toujours de restauration de l'homme noir et de sa civilisation voit enfin le jour avec notamment sa participation au comité scientifique international, dans le cadre de l’Unesco, chargé de définir une Histoire générale de l’Afrique (Hga) contenue en huit volumes dont un chapitre lui sera accordé.

Une occasion parfaite pour Cheikh Anta Diop de pouvoir enfin déconstruire cette fameuse assertion du penseur allemand Hegel selon laquelle “l’Afrique n’a pas un passé historique du monde”.
 


Lepolod Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop
Lepolod Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop

Un politicien engagé

L’homme ne vouait pas exclusivement son existence aux recherches scientifiques. Il est aussi important de noter que sa présence sur la scène politique n’est pas passé inaperçue.

Déjà en 1961, il mettra sur pied une formation politique connue sous le nom de BMS, Bloc des Masses Sénégalaises, et sera un farouche opposant au régime de Senghor. Celui-ci n’hésitera d'ailleurs pas à le mettre en prison avant de le libérer 30 jours plus tard suivi d’une invitation à rejoindre l’équipe gouvernementale
Fidèle à ses convictions panafricanistes qui, selon lui, étaient nettement contradictoires avec la logique adoptée par Senghor, il déclinera cette invite.

En 1976, il embraye avec la création du RND, Rassemblement National Démocratique. Mais le parti se heurte, dès son avènement, à la fameuse loi dite des trois courants (socialiste, libéral, marxiste léniniste).
Imposée par Senghor, cette loi obligeait toute formation politique à s’affilier à un de ces courants. Jugeant cela antidémocratique et liberticide, le RND n’obtempérera jamais et ne prendra donc pas part aux joutes électorales sous le magistère de Senghor.

Ce n'est qu'en 1981, alors qu'Abdou Diouf hérite du pouvoir des mains de Senghor, que le RND sera reconnu au passage en tant que parti politique au Sénégal.

Le 7 février 1986, le fils de Massamba Sassoum Diop et de Maguette Diop rend l’âme dans son sommeil.
Un vibrant hommage lui sera rendu et l’Université de Dakar sera rebaptisée dés 1987 Université Cheikh Anta Diop (UCAD).

En 1996, à l’occasion du premier Festival mondial des arts nègres, il sera déclaré comme “l’auteur africain ayant le plus exercé d’influence sur le XX siècle” !

 




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