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Des femmes sénégalaises gagnent en autonomie grâce à l'agriculture !



La rédaction ILS
10 Janvier 2018 - 20:24

« Manger local »: avec ce concept à la mode chez les urbains occidentaux, la Sénégalaise Aissatou Tissé a lancé un restaurant qui l’a propulsée au rang de notable à Nganda, commune rurale proche de la Gambie, à cinq heures de route de Dakar.


Daba Dione travaille dans son enclos à Niakhar (Sénégal), le 5 décembre 2017 / AFP
Daba Dione travaille dans son enclos à Niakhar (Sénégal), le 5 décembre 2017 / AFP

A une centaine de kilomètres de là, Daba Dione, femme et handicapée, nourrit quant à elle sa famille grâce à un élevage de poules et à une formation avicole qui l’a transformée en référence vétérinaire pour ses voisins de la petite localité de Niakhar, au sud-est de la capitale sénégalaise.

Comme Aissatou et Daba, de plus en plus de Sénégalaises, jusque dans les campagnes reculées, deviennent des piliers d’un système de production agricole largement dominé par les hommes, qui ne parvient pas encore à assurer la sécurité alimentaire de ce pays d’environ 15 millions d’habitants.

Un phénomène encouragé par le Fonds international de développement agricole (Fida), une agence de l’ONU basée à Rome, qui accorde une place croissante aux femmes – et aux jeunes – dans les dizaines de programmes qu’il soutient en Afrique et en Asie, généralement pour une durée de cinq à sept ans.
Les femmes « doivent accéder, au même titre que les hommes, aux capacités financières et aux instances de décision » car elles « jouent un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire en Afrique », explique Khadija Doucoure, responsable technique pour l’Afrique de l’Ouest du Fida.

Si les femmes représentent 43% des travailleurs agricoles dans le monde, ce chiffre grimpe dans certains endroits d’Afrique et d’Asie à plus de 50%, selon un rapport publié par le Fida en 2014. Et les études montrent qu’en fournissant aux agricultrices le même accès aux ressources productives que les hommes, "on pourrait sortir de la pauvreté 150 millions de personnes" souligne le Fida.
Sur la période 2010-2015, les aides de ce fonds onusien ont touché 139 millions de personnes dans le monde, dont 11,6 millions de femmes qui ont bénéficié d’initiatives d’autonomisation.
 

Aissatou Tissé, restauratrice à Nganda / AFP
Aissatou Tissé, restauratrice à Nganda / AFP

Des agricultrices formées pour accélérer le développement


« Je trouve cela très bien si cela contribue à accélérer le développement de l’agriculture » en Afrique, où « les femmes ont plus de difficultés à accéder aux financements, aux semences et aux engrais », commente Jean-Christophe Debar, président de la fondation FARM, un think tank spécialiste de l’agriculture internationale.
Attention toutefois à ne pas « donner l’impression qu’il suffirait de tout focaliser sur les femmes pour que tout aille bien », ajoute-t-il, alors que « les deux principaux problèmes de l’agriculture en Afrique » sont bien plus vastes: « l’accès aux moyens de production (terres, semences, engrais) et l’accès au marché, avec la possibilité de vendre les récoltes à un prix rémunérateur ».​

À Nganda, où certaines familles ne mangeaient pas à leur faim, le FIDA finance depuis 2012 avec l’Etat sénégalais la dotation aux villageois de semences adaptées à la sécheresse ainsi que des formations agronomiques de base.

Dans son petit restaurant, Aissatou Tissé ne propose que des produits locaux, explique-t-elle, en servant un bissap, un jus de fleur d’hibiscus frais couleur rubis. “Nous avons pu acheter nos moutons, nos chevaux et nous nous sommes lancés dans la production d’huile d’arachide, se réjouit la jeune femme, qui a arrêté le lycée après la mort de ses parents.
Elle raconte comment, jusqu’il y a peu, les hommes partaient à Dakar, pour ne plus revenir. “Les femmes aussi, comme employées de maison.”

Mame Birame Sène, président de l’association culturelle et sportive de Nganda, devenue une coopérative agricole, confirme : “dans cette zone sèche dont les sols n’avaient pas été amendés depuis plusieurs générations, la plupart des jeunes partaient vers Dakar ou plus loin”.
 

Tenning Ngom tamise le millet à Niakhar (Sénégal), le 5 décembre 2017 / AFP
Tenning Ngom tamise le millet à Niakhar (Sénégal), le 5 décembre 2017 / AFP

Les femmes s'autofinancent grâce à des prêts entre elles


Avant le lancement de ces aides agricoles, “nous avions des problèmes pour subvenir à nos besoins, maintenant nous cultivons 200 hectares et nous sommes autonomes”, souligne Aissatou Tissé, qui ne s’est entourée que de femmes. “Avec les hommes, nous n’aurions pas pu nous engager dans la transformation alimentaire, ni dans la restauration”, affirme-t-elle. “Et je rémunère tout le monde”, dit-elle.

Devenue notable, sa plus grande fierté est d’avoir été désignée “marraine” du club de football local. C’est pour la première fois qu’une femme jouit d’un tel honneur dans le coin.

Et Aissatou Tissé n’entend pas en rester là, tant elle déborde de projets : ouvrir une boutique de produits locaux, et surtout un restaurant sur le même concept à Dakar. “On a déjà repéré le lieu, il reste à finaliser.”

À Niakhar, avec l’augmentation des rendements du mil, les agricultrices transforment aussi désormais les excédents de récolte, en conditionnant des sachets de sankhal (mil brisé) pour les desserts, de thiéré (couscous de mil) ou d’arraw (farine en grains) pour les bouillies.
Grâce aux revenus mutualisés de leurs ventes, elles peuvent désormais se prêter de l’argent entre elles, au taux de 10% d’intérêts, pour financer leurs projets personnels.

Tenning Ngom, 27 ans, en a profité. “Mon travail collectif, c’est de tamiser le mil après la récolte. Je travaille de novembre à février”. Le reste du temps, elle a une activité de traiteur de rue, grâce à l’association des femmes qui lui a avancé les fonds pour démarrer. “Mon premier emprunt date de 2015, j’ai tout remboursé.”

 

L'accès aux terres reste difficile pour les femmes

L'une des membres de l'Association des femmes présente sa production, à Niakhar (Sénégal), le 5 décembre 2017 / AFP
L'une des membres de l'Association des femmes présente sa production, à Niakhar (Sénégal), le 5 décembre 2017 / AFP

13% des terres agricoles seulement sont détenues par des femmes selon une étude de l’ONG Wildaf/Sénégal de 2016. Pour la FAO, moins de 20% de femmes sénégalaises ont accès aux terres agricoles et ses experts précisent que ce sont souvent des terres marginales, des parcelles peu fertiles et assez éloignées des villages.

Le foncier est une ressource non renouvelable et les critères historico-culturels jouent aussi fortement avec une position prééminente de l’homme qui en déterminent les conditions d’accès.
Le sociologue du monde rural et ancien directeur de l'Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA), Jacques FAYE souligne que « Chez les Diola, on note que certaines rizières de mangrove sont transmises de mère à fille. A l’exception de quelques groupes diolas, les femmes n’ont qu’un droit d’accès indirect au foncier cultivé ».

Le système traditionnel de tenure foncière estime en effet que leur donner des droits d’accès au foncier pourrait entraîner une dislocation du patrimoine foncier de la famille car la femme est appelée à se marier et quitter cette famille.

Des progrès restent encore à faire pour que toutes les agricultrices du Sénégal puissent s'épanouir dans leur activité même si les résultats encourageants de la FIDA indiquent une des voies à suivre !

Source : AFP, IPAR



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