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Financer quoi ? Notre système éducatif occidentalisé et obsolète ?



5 Février 2018 - 16:02

Au Sénégal, les 2 et 3 février 2018, la conférence du Partenariat Mondial pour l'Éducation s'est tenue à Dakar. Intitulée "Investir dans l'avenir", elle était coprésidée par le président Sénégalais Macky Sall et le président Français Emmanuel Macron.
Plus de 2 milliards de dollars ont été levés comme fonds pour financer l'éducation à l’issue de cette conférence.
Au moins, de nombreuses promesses ont été faites par plusieurs pays. Je loue et respecte beaucoup leurs engagements car je crois vraiment en l’importance de l'éducation. Cependant, je suis une scientifique, donc j'ai beaucoup de questions.


Ces engagements contribueront-ils vraiment à apporter le changement qu’il faut dans notre système éducatif ?


Comme l'a dit le président ghanéen Nana Akufo-Ado:
"Si nous faisons dépendre nos politiques éducationnelles des autres, quand ils changeront de politique, nous souffrirons. Mais si nous faisons une politique pour nous-même, cela signifie que nous aurons toujours le contrôle de notre politique et de notre propre destin.”
À mon avis, son discours était le point culminant de cette conférence.

Aujourd'hui, nos programmes scolaires sont tellement sous-développés... et ils sont basés sur un système colonial qui n'existe plus !

Les langues locales, les activités pratiques et l'éducation numérique sont négligées. Les connaissances scientifiques, elles, sont apprises dans un contexte purement théorique sans aucune expérimentation.
Or il est essentiel que les élèves voient la pertinence de ce qu'ils apprennent par rapport à leur vie quotidienne.

Par conséquent, les programmes doivent être adaptés aux besoins de la communauté en intégrant des connaissances locales et pertinentes.
Et, bien sûr, ils devraient être enseignés dans une langue que la communauté comprend !
 

Très souvent, les politiques des pays développés ne riment pas avec nos propres intérêts


Par exemple, nous recevrons des fonds venant de la France, un pays qui incarne la francophonie. Ainsi, ces fonds vont nécessairement venir avec leurs a priori, leur attentes, et leurs conditions.

Quelle flexibilité avons-nous de dépenser ces financements pour soutenir des programmes qui ont un fort potentiel d'impacter l'avenir de nos élèves?

Pouvons-nous vraiment utiliser ces fonds pour enseigner et créer des ressources pédagogiques dans nos langues maternelles ?


Après tout, l'UNESCO n'a-t-elle pas publié un rapport intitulé «la langue maternelle est importante: la langue locale est la clé d'un apprentissage efficace» ?
Nous, les Africains, en particulier les éducateurs Africains, en sommes bien conscients.

Le Français est parlé principalement dans nos établissements et dans nos écoles. Mais, au Sénégal, dans la vie de tous les jours, on parle Wolof.
Plus de 90% de la population est fluente en Wolof, alors que pour le Français, ce chiffre équivaut à moins de 32% (20% étant des francophones partiels).
Il est donc incohérent que les programmes scolaires soient principalement en Français, la langue Wolof étant négligée.
 

Il est beaucoup plus facile d'enseigner des concepts scientifiques en utilisant le Wolof !

J'ai créé une organisation à but non lucratif nommée SeeSD (Science Éducation Échange pour le Développement Durable) au Sénégal pour promouvoir l'éducation scientifique.

Pour nous, il est beaucoup plus facile d'enseigner des concepts scientifiques en utilisant le Wolof: tout simplement parce que les enfants comprennent mieux.

Si vous avez un doute, je vous mets au défi d'aller dans une école au Sénégal. Demandez à un enfant au hasard de résoudre un problème mathématique. Expliquer ce problème en Wolof ou en Français.
La plupart du temps, les enfants ne pourront vous donner une bonne réponse que lorsque le problème est posé en Wolof !

Cela signifie que beaucoup de nos enfants passent du temps dans les écoles et pensent qu'ils sont mauvais en mathématiques. Mais, en réalité, ils sont principalement confrontés à une barrière linguistique.

J'étais cet enfant avant.
J’avais du mal à comprendre certains problèmes scientifiques à cause de la langue. J'ai du travailler très dur pour surmonter ces obstacles linguistiques.

Maintenant, avec un doctorat en biologie moléculaire et cellulaire en poche, je suis convaincue que notre système éducatif pourrait significativement augmenter sa qualité si nous introduisions nos langues maternelles.
Ceci facilitera aussi la tâche à cette nouvelle génération qui devra relever des défis dignes des temps modernes.

Je prie nos Institutions d’accorder du crédit à ces nouveaux intellectuels jeunes et Africains qui ont traversé ce système et qui l'ont surmonté. Nos contributions peuvent vraiment aider à façonner des politiques qui rendront notre éducation plus pratique, ludique, inclusive et culturellement pertinente.
 


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