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Incursion au cœur de la lutte sénégalaise



17 Juin 2018 - 19:00

Jadis, c’était simplement un moment de communion organisé après chaque saison de récolte abondante chez les sérères, Diolas entre autres communautés.
De ces joutes, s’émancipaient des champions dont la réputation était chantée dans tout le village jusqu’au prochain hivernage. Baptisé “njom” en peuple sérère, la lutte sénégalaise a su avec le temps séduire la quasi-totalité des Sénégalais.

Aujourd’hui, ce sport bien de chez nous associe à ses fonctions ludiques, culturelles et folkloriques un volet économique non négligeable depuis sa professionnalisation dans les années 70.

Regroupant près de 8 000 licenciés (officiellement recensés), la lutte est devenue par cette occasion un moyen d'ascension sociale pour beaucoup de jeunes sénégalais qui se torturent à longueur de journée sur les plages du pays.
Tous rêvent d'intégrer un jour le cercle des VIP et pourquoi pas de devenir le “Roi des arènes” afin de pouvoir toucher aux alléchants cachets et s’offrir une réussite made in Galsen.


La lutte avec frappe, un héritage de la colonisation

Incursion au cœur de la lutte sénégalaise

Plus qu’une discipline sportive, la lutte est une vitrine offrant un regard tout à fait inouï sur les facettes de la culture sénégalaise.

Dans les campagnes sénégalaises d’où elle tire ses origines, des séances de luttes (simples) étaient organisées par les chefs de villages ou par les Rois au terme de chaque saison hivernale.
Les joutes s’y déroulaient dans une ambiance récréative regroupant tout le village dans la place publique où rivalisaient d’ardeur les vaillants guerriers.

Avec l’avènement des blancs sur les côtes ouest-africaines, les peuples africains allaient subir des reconfigurations jusque dans leurs structures les plus profondes.

Même si cette discipline sportive a su survivre à cette époque douloureuse de notre histoire, il convient de signaler qu’elle a évolué dans l’aspect formel pour accoucher d’une entité beaucoup plus spectaculaire tant sur la forme que sur le fond : la lutte avec frappe.
Selon des sources autorisées, cette dernière était déjà présente au Sénégal dès le 16ème siècle. Cette entité de la lutte sénégalaise n’existe nulle part ailleurs dans le monde.

Vers la fin de l’impérialisme des puissances occidentales en Afrique, les rapports entre administrateurs et administrés commençaient à se raffermir petit à petit.
La longue cohabitation a fini par créer et révéler des centres d’intérêt et affinités insoupçonnés entre les acteurs de ce système.

Dans le monde de la lutte, le nom du Maurice Jacquin, ce richissime homme d’affaires français, est à retenir.
En effet, celui qui était le propriétaire de compagnie COMACICO (Compagnie Africaine Cinématographique & Commerciale) est le premier à avoir décroché officiellement une licence de producteur privé de Lutte avec frappe auprès de l’autorité coloniale.

Il est d’ailleurs à l’origine des combats organisés dans une enceinte fermée et il fallait payer pour assister à ces spectacles.

Compte tenu de la grande affluence et de la curiosité majeure que suscitaient ces évènements, il était devenu nécessaire de trouver un espace pouvant abriter ce monde fou d’où la naissance de la première arène sise au niveau de l’avenue Blaise Diagne.

 


Quand la culture et le folklore se mettent au service du sport

De toutes les disciplines sportives qui se pratiquent au Sénégal, la lutte est le seul qui prend en charge la promotion des valeurs du pays.

Si, avec les années, cette pratique sportive s’est améliorée et adaptée aux nouvelles exigences socio-économiques, il n’en demeure pas moins qu’elle conserve jalousement ses aspects culturels et folkloriques devenus indissociables de la lutte sénégalaise.

L’on serait même amener à se demander à quoi ressemblerait un combat sans son cérémonial?
Une journée de lutte (avec frappe) peut abriter jusqu’à 10 combats (entre 20 et 45 mn/combat) et dure en général entre 5 et 6 heures de temps.
Le reste du temps est alloué à la culture et au folklore.

En fonction de leurs appartenances ethniques et sociales, chaque combattant s’adonnera à la fameuse partie de Bakk (danse rituelle visant à galvaniser lutteur et supporters) accompagné de son batteur.

Loin d’être une partie de récréation, cette prestation chorégraphique diffuse un symbole de bravoure et de détermination propre à chaque ethnie dans le dessein d’intimider son adversaire.

Une fois cette phase dépassée, les préparatifs mystiques du lutteur peuvent débuter, le tout bercé par la chorale des chanteuses traditionnelles.
Des symphonies envoûtantes déclamées pour la majeure partie en sérère ou en wolof célèbrent les valeurs cardinales du pays mais aussi le passé glorieux d’une ethnie, d’un lutteur ou d’un héros.


Des prestations telles que la danse du Ndawrabine assurée par les troupes de danseuses léboues sont aussi offertes au public venu assister nombreux aux combats.

 

Joindre l’utile à l’agréable

“J’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or”  dixit Baudelaire.
Une assertion que la lutte prêterait bien au leader de la génération “Boul Falé” Mouhamed Ndao “Tyson” qui a sonné la révolution de la lutte sénégalaise.

Jadis considérée comme un jeu (beuré fo la : la lutte c’est un jeu), cette discipline est devenue pour beaucoup de jeunes un moyen d'ascension sociale ou encore un “facteur de développement” comme le disent certains acteurs du secteur.

Mouhamed Ndao Tyson
Mouhamed Ndao Tyson
Avec l’avènement de Mouhamed Ndao Tyson, la discipline sportive va connaître un nouveau tournant.

Désormais, il est question de millions de Francs CFA. Une révolution au gout du public d’autant plus que celui-ci adhère en masse à la nouvelle philosophie diffusée par la lutte sénégalaise.

Le décor semble bien camper pour les annonceurs et autres personnes souhaitant faire leur promotion d’où l’avènement massif des sponsors dans la lutte sénégalaise.
Certains n’hésitent pas à qualifier de gracieuse pour la lutte sénégalaise enregistrant une affluence sans précédent.
 

Préparatifs mystiques d'avant combat
Préparatifs mystiques d'avant combat

Un pan du secteur touristique sénégalais à mettre en valeur

Le corps-à-corps des deux gladiateurs n’est qu’une infime partie d’une journée de lutte. Regarder 12 rounds de boxe est plus excitant pour les férus d’adrénaline et de sang.

S’il est possible de rester scotcher pendant 5 tour d’horloge à sa chaise d’amateur ou devant sa télé, c’est aussi grâce à ce ballet culturel et folklorique qui sert de toile de fond à ces événements sportifs.

Tout un monde prend part à l'épanouissement du spectacle et le lutteur n’y est qu’un acteur.

Les différentes prestations, en passant par le déguisement des lutteurs (nguimb, gris gris etc.), accordent à cette discipline sportive bien de chez nous une touche culturelle majeure.

Cependant, si cette discipline compte réussir pleinement dans sa mission de promouvoir la destination Sénégal, il importe d’assainir le milieu en procédant peut-être par une réforme tant sur le plan sportif que sur le plan culturel.
 

M. Alioune Sarr Président du Cng
M. Alioune Sarr Président du Cng

Le tartan ainsi que l’enceinte de l’arène représentent l’espace scénique des combats de lutte. L'espace doit offrir une meilleure visibilité aux spectateurs et il faut insister surtout sur la discipline sonore berçant ces genres d’évènements pour que les speakers soient entendus dans l'arène.

Récemment, le Comité National de Gestion (CNG) de la lutte sénégalaise a initié une batterie de mesures visant à réformer la discipline.
L'intégrité physique des lutteurs est au centre des préoccupations de ladite structure. Elle  exige maintenant le port du protège-dent pour ne citer que cette innovation.
 


La lutte sénégalaise aura eu un coup de projecteur exceptionnel avec le film Black Panther où des scènes entières ont été inspirées de ce sport bien de chez nous. Winston Duke, l'un des acteurs principaux, a puisé son sens du combat dans nos lutteurs pour des scènes désormais d'anthologie comme il l'a dévoilé lors de ses passages télé.

Avec une audience universelle, ce film participe grandement à la vulgarisation de la culture sénégalaise au travers de ce porte-drapeau essentiel qu’est la lutte !

 


Une arène flambant neuf livrée en juillet

Cette infrastructure était une ancienne doléance qu'ont eu à traiter tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays.
Nombreuses ont été les maquettes dessinées. Elles ont fini par assurer le décor dans les bureaux du Palais ou du Ministère du sport.

Sous le magistère de Macky Sall, le rêve doit devenir réalité: la construction de l’arène nationale s'achève. Sa livraison est prévue pour le mois de juillet 2018.

La conception de ce joyau de 7 hectares, niché au cœur de la banlieue dakaroise, aura coûté 32 milliards au gouvernement sénégalais et nécessité 28 mois d’ingéniosité aux entrepreneurs chinois.

Ce complexe sportif omnisports aura pour mission d’apporter une réponse aux nombreux défis qui attendent notre sport national.
Cette bouffée d'oxygène vient à son heure compte tenu des sinistres événements enregistrés dans le monde du sport sénégalais avec notamment la fermeture du vétuste stade Demba Diop suite au drame du match opposant Ouakam et Stade de Mbour en finale de la Coupe du Sénégal.

 




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