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L'héroïque Lat Dior Ngoné Latyr Diop



1 Mars 2018 - 08:00

Le 27 octobre dernier coïncidait avec la célébration du 131ème anniversaire de la mort du Damel du Cayor, Lat Dior Ngoné Latyr Diop.
Fils de Sakhewar Sokhna Mbaye Diop et de la linguère Ngoné Latyr Fall, Lat Dior vît le jour à Keur Amadou Yalla en 1842. Issu de la noblesse Wolof, il sera intronisé Damel (roi) à l’âge de vingt ans.

Sa farouche opposition aux intérêts du colon fera de lui l’une des figures emblématiques de la résistance noire, un modèle de bravoure pour tous les Sénégalais.


Lat Dior Ngoné Latyr Diop
Lat Dior Ngoné Latyr Diop

Un pur produit Tiedo

Ils sont nombreux les qualificatifs utilisés pour dépeindre ce grand guerrier qui a su faire preuve de pugnacité afin de contrecarrer les projets des colons.

Refusant l’asservissement et grand défenseur de la dignité noire, Lat Dior célèbre sa nature première qui est celle d’être un “tiédo”. Au delà d’être une communauté vouant un culte païen à leurs dieux ou mythes traditionnels, c'est avant tout une philosophie, un mode de vie.

Hostile à la religion musulmane, il n’en demeure pas moins que ce "courant" partage avec la religion arabe plusieurs valeurs cardinales.
D’ordinaire, on définit un tiédo comme un noble chevalier de la couronne. Cependant n’est pas tiédo qui veut: sept valeurs sont incontournables pour attester votre ancrage au sein de cette communauté.
Un pur tiédo devait avoir le sens de l’honneur, la dignité, l’honorabilité, le patriotisme, la rigueur, le pragmatisme et un engagement indéfectible en faveur d’une cause juste et noble.

Une batterie de valeurs qui se reflète en Lat Dior: son parcours épique l'illustre.

 

L’honneur et la bravoure au service de la dignité

L’ambitieuse entreprise de jonction des deux grandes villes du Sénégal par voie ferroviaire, Saint-Louis et Dakar, a constitué le noyau du conflit entre Lat Dior et les colons.


Le demi-frère de Lat Dior
Le demi-frère de Lat Dior
A cette époque, le royaume avait pour Damel Birima Ngoné Latyr Fall, demi-frère de Lat Dior. Ce dernier avait validé le projet de construction de la voie ferroviaire moyennant une protection des blancs face à l’expansion grandissante des musulmans du Ndiambour et il craignait aussi les effets d’une probable guerre civile en cas de refus.

A sa mort en 1859, l'accord sera cassé par son frère Macodou Coumba Yandé Mbarrou désormais Damel du Cayor.
Ce dernier sera âprement combattu par le colonel français Faidherbe qui le contraindra à l’exil avant d’introniser son frère Madiodio Déguéne Codou plus souple aux intérêts de l’occupant colonial.
 

Irrité par cette nomination, Lat Dior décida, de concert avec ses partisans, de faire déguerpir Madiodio.
La bataille de Coki en 1861 célèbre leur triomphe sur ce dernier. Désormais, le Cayor est entre les mains de celui qui sera son plus grand défenseur. Dans la foulée, une contre-offensive est lancée par les colons pour réinstaller de nouveau Madiodio.

Fort de plusieurs milliers d’hommes, Lat Dior décide de remarcher sur le Cayor afin d’y chasser Madiodio pour de bon. Bénéficiant de l’appui de ses collaborateurs blancs, ce dernier mènera néanmoins ses troupes tout droit vers un échec retentissant offrant à Lat Dior une victoire éclatante à la bataille de Ngolngol le 29 décembre 1863.

Pour essuyer leur revers, les colons, sous la direction cette fois de Pinet-Laprade, reviendront à la charge lors de la bataille de Loro qui s’est tenue le 14 janvier 1864 et feront plier Lat Dior au profit de Madiodio de retour.
 

Maba Diakhou Bâ
Maba Diakhou Bâ
Contraint à l’exil, Lat Dior se rendra, tout d’abord du côté du Sine où le roi sérère Buur Sine Coumba Ndoffène famak Diouf lui propose l’asile politique moyennant de trop strictes conditions.
Finalement, il migrera vers le Saloum chez l’Almamy Maba Diakhou Ba qui fera de lui son général après l’avoir enjoint de se convertir à l’Islam ce qui lui vaudra son nom de Silmakha Diop.

Ensemble, ils combattirent plusieurs royaumes et imputeront, malgré leur défaite, de sérieuses pertes à Pinet-Laprade et ses spahis lors de la bataille du Rip du 30 novembre 1865.

Le retour et la chute de l'enfant prodige

A la mort de son protecteur Maba lors d’une attaque contre Buur Sine, Lat Dior décidera de rentrer au Cayor.

Sur place, il est confronté à un scénario désolant.
Son Cayor, ce royaume qu’il chérissait tant est au bord du gouffre assailli par les épidémies, la famine, la guerre civile, l’invasion de sauterelles. Le retour de l’enfant prodige sera donc une lueur d’espoir pour le Cayor.

Face à son souhait de rendre au Cayor son autonomie, l’administration coloniale décide de lui céder quelques territoires pour calmer son ardeur. En 1879, il ratifie d'abord l’accord de construction de la ligne ferroviaire avant de surseoir à sa décision qui, selon lui, pourrait octroyer aux colons davantage de pouvoir.
 

Fresque de la bataille de Dékeulé
Fresque de la bataille de Dékeulé

Il sera là défait et trouvera cette fois refuge au Baol.
Samba Yaya Fall sera intronisé par la suite avant d’être déchu. Le suivant Samba Laobé Fall autorise la construction du chemin de fer puis sera tué le 6 octobre 1886.
Par la suite, l’autorité coloniale décidera de la suppression du titre de Damel et s’engagera dans une entreprise de division du Cayor en six provinces ce que ne pouvait à aucun prix tolérer Lat Dior.

Le 27 octobre de ce même mois abritera la fameuse bataille de Dékeulé opposant le camp de Lat Dior à celui des colons.

C’est lors de cette ultime bataille qui n’aura duré pas plus d’une heure et sera décrite comme étant impressionnante et des plus sanglante que le Damel du Cayor, ses deux fils et nombre de ses guerriers tombèrent les armes à la main.


Un vibrant hommage leur sera rendu par la suite de la part de ses adversaires avec cette assertion très célèbre de Faidherbe "ceux-là, on les tue, on ne les déshonore pas" comme pour témoigner de la bravoure et de la détermination dont faisaient preuve Lat Dior et ses Hommes.


Aujourd’hui, cette fameuse phrase de Faidherbe est la devise à l’armée sénégalaise et figure fièrement devant chaque camp militaire.
 


Mausolée de Lat Dior
Mausolée de Lat Dior

Pour conclure sur l'histoire officielle, il conviendra cependant de signaler que l’opposition de Lat Dior face aux colons n’était pas tout simplement soutenu par des raisons politiques ou une soif de pouvoir.
Bien au contraire, cette pugnacité témoignait de l’importance que les guerriers tiédos vouaient à des valeurs cardinales comme le refus d’obtempérer “Bagn”.

D'ailleurs, les prémonitions de Lat Dior à valeur prophétiques sur la supposée puissance et domination qu’octroieraient la construction du chemin de fer ainsi que le contrôle de la culture de l'arachide aux colons ne se sont-t'elles pas avérées justifiées ?
 


La légende de Lat Dior

La tradition orale renseigne que le Damel du Cayor avait lui-même l’habitude de se comparer, sûrement du fait de sa bravoure et de sa témérité, à "un arc que l’on peut ployer mais qu’on ne saurait briser".

Le Cheikh Ahmadou Bamba et Lat Dior
Le Cheikh Ahmadou Bamba et Lat Dior

Sa rencontre avec le vénéré chef du mouridisme Cheikh Ahmadou Bamba (Serigne Touba, Khadimou Rassoul) est brièvement survolée.
Si d’aucuns vont jusqu’à y voir une sorte de transition ou une passation, il convient de noter que les formes de lutte ainsi que les buts visés étaient distincts.

Les deux hommes entretenaient des rapports étroits conduisant le Damel à prêter allégeance au fondateur du mouridisme avant sa mort.


Une mort que lui avait “prédit” le vénéré Guide: il l’aurait enjoint de déposer les armes pour s’engager dans une autre voie après avoir été trahi par plusieurs de ses proches.
Dopé par son honneur et sa bravoure débordante, le Damel entreprend de continuer son combat, et ce, même s’il est persuadé d’avoir rendez-vous avec sa mort.

En guise de protection, la légende rapporte que le Cheikh lui donna un de ses boubous qui lui garantirait protection contre les balles qu’il recevra durant la bataille mais à une condition: Lat Dior devait se départir de cette fameuse habitude tiédo consistant à se vanter de ses exploits.

Malheureusement, ce dernier ne suivit pas son conseil et se livrera à cette tradition dés qu’il eut constaté que les projectiles de ses ennemis n’avaient aucun impact sur lui !

Sur les coups de 11h45, le Damel du Cayor fut atteint d'une balle en or spécialement conçue à son intention.
Ça sera le coup fatal qui mettra un terme à quarante années d'existence dévouées à la défense de l'intégrité de son peuple !

 

"Maalaw guissoul Rail bi" (Maalaw ne verra pas le train) !

Quant à l’histoire racontée sur son fameux cheval, le pur sang dénommé Maalaw, qui n’aurait pas vu le chemin de fer, la tradition orale l’explique.

Comme par défi, une fois le sifflement des balles interrompu, les troupes françaises auraient voulu montrer au cheval le chemin de fer. Car, de son vivant, Lat Dior avait juré qu’il ne tolérerait pas la construction de ce chemin de fer.
Digne serviteur de son maître, Maalaw l'irréductible préfèrera se donner la mort plutôt que de subir une telle infamie !

Il faut souligner que, selon les récits des griots, le “pur-sang” d'un tiédo pouvait, même en étant “mort”, porter son maître jusqu'à ce qu’il lui ait enlevé son harnachement.
Or, durant cette bataille, le cheval aurait reçu d'innombrables balles, mais tenait encore.
On raconte qu'en cours de route vers le funeste train, il sera décidé de lui enlever son harnachement afin de le soulager un peu.
Sans le savoir, l’acte de décès du cheval Maalaw aurait été signé: instantanément, il s'effondra.

Aujourd'hui, sa statue triomphe fièrement sur la rue Malick Sy en plein coeur de Dakar !
 

 




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