I Love Sénégal
Instagram
Facebook
Twitter
YouTube
LinkedIn
Menu
I Love Sénégal
Facebook
Instagram
Twitter
YouTube
LinkedIn

L'humaniste Fatou Diome, son arme à elle c'est le stylo !



18 Avril 2018 - 11:00

Comment être aimé par l’autre si on ne s’aime pas soi-même ?
Serait-il possible de bénéficier d’une considération de la part du reste du monde si on ne s’assume pas ?
Deux interrogations qui régissent bien souvent l’essence d’une vie. Et cette vie mérite d'être vécue.

Naître bâtard n’est pas une fatalité ou du moins chez certains aguerris. Dans nos sociétés assez conservatrices, les enfants issus d’une relation hors mariage sont perçus d’un œil différent allant même jusqu’à leur coller des étiquettes, à les marquer d’un signe indélébile.
Pour pouvoir témoigner de cette expérience, il faut l’avoir vécu comme l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome.

Loin d’être un handicap, ou l’excuse d’un quelconque complexe vis-à-vis de son monde, le "bâtard" est, selon Fatou Diome, “un enfant conçu dans un amour total”.


Le fruit “amer” d’un amour interdit

Dans son Niodior natal, île située dans le delta du Saloum, la tradition et la religion y ont une place cardinale. Deux entités qui se côtoient et se complètent bien souvent.

C’est donc tout "naturellement" qu’elle est rejetée par cette société qui ne considère pas les enfants nés d’unions naturelles.
Elle symbolisait aux yeux de tous le péché, une offense suprême à l’endroit des croyances et convictions qui régissaient cette communauté sérère.

Cette dernière lui sera totalement hostile et, n’eut été la protection de ses grands-parents qui se sont chargés de son éducation, elle aurait sans doute eu une existence bien compromise.

Evoluant dans cet environnement dont elle ne faisait quasiment pas partie, elle n’était en fait qu’un fardeau traîné par  toute une société qui ne l’a jamais réellement accepté.


Toute vie mérite d’être vécue

“L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort”, cette assertion empruntée à Thomas Sankara serait judicieuse pour illustrer l’énoncé de notre chapitre.

Même si les contextes diffèrent, il est possible d’entrevoir quelques accointances entre les deux situations. Vivre dans une société qui nous est hostile ne facilite pas forcément notre épanouissement.

Mais dans ce cas précis, c’est cette exclusion qui est à l’origine de la particularité de Fatou Diome, ou même de sa singularité pourrait-on dire, la poussant à affirmer dans une interview que : “tout le monde a la responsabilité d’assumer son existence”.

C’est donc en toute conscience que Fatou Diome décide d’assumer sa nature et fera “tout à l’envers”.
Encore gamine, elle se permettra de passer outre les codes établis par la société en s’arrogeant le privilège de ne fréquenter que des hommes contrairement à ce qu’exige sa tradition.


L’autre offense était sa farouche volonté d’aller à l’école française, une idée qui m'emballait pas trop sa grand-mère. Elle finira quand même par s’y faire suite à la médiation de l'instituteur.

 

Le sentiment du malheur

Voulant à tout prix s’instruire, elle verra son souhait se concrétiser quand elle eut la permission de se rendre à l’école de son village.

Dans son Niodior, où tout le monde se connaissait, le sens du partage était très prononcé et se faisait sentir aussi par la vitesse à laquelle se propageaient les rumeurs.

Parmi celles-ci, l’histoire de Fatou Diome avait fini par être maîtrisée par toute sa classe: elle en fut la risée.

Stigmatisée, discriminée, elle trouvera la force nécessaire, à travers son nom “Diome”, de contourner les regards indiscrets, supporter les moqueries et de surmonter les obstacles de la vie.


Il est de ce genre de clichés qui ne s’effacent jamais de notre mémoire et Fatou Diome en draine tout un album. Les sévices et humiliations essuyés durant son enfance ont eu des stigmates néfastes chez elle continuant sans doute à la consumer de l’intérieur.

Chez elle, la figure parentale est représentée par les grands-parents non pas parce qu’elle était orpheline mais ainsi en avait décidé la société.

Son père et sa mère avaient fini par se recaser la laissant sur la touche et la privant du coup des douceurs de la tendresse et de l’affection parentale.
Des sentiments que tentera de lui faire connaître sa grand-mère.
 


Le voyage une quête de soi

Sa passion pour les études la poussera à migrer perpétuellement. Foundiougne, Sokone, Mbour et Dakar seront les grandes villes où elle passera sa scolarité.

Fatou Diome, c’est aussi la cosmopolite et son amour pour le voyage n’est pas né après son succès en tant qu’écrivaine. Disons qu’avant d’être une passion, ce nomadisme était avant tout un moyen de subsistance, une solution pour financer ses études.

Cette mobilité n’avait pas pour dessein unique le côté matériel même si celui-ci y était pour quelque chose.
Il est important de souligner la portée instructive qu’incarne le voyage. Aller au contact de l’autre permet de mieux se connaître et offre, dans bien des cas, un regard tout à fait nouveau sur la société dans laquelle nous évoluons.

 

Son histoire d’amour avec le français, et la France

Lorsque Fatou Diome décide de jeter l’ancre sur Dakar, la capitale Sénégalaise, c’était pour y suivre des études universitaires.

Inscrite à la Faculté des Lettres de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, elle était promise à une carrière de professeur de français au Sénégal si elle n'avait pas rencontré un Français qui lui propose le mariage.

Un fait majeur qui secoue la vie de Fatou Diome car sa famille s’y oppose. Et, comme la vie fait bien les choses, c’est lors de cette épreuve difficile qu’elle parvient finalement à accepter et excuser sa mère qui se trouve être alors son seul soutien.

Cette idylle lui fera découvrir la France, ce beau pays dont elle tombera vite amoureuse avec sa culture et son mode de vie particulier.

Pour ce qui est de son couple, il débouchera finalement sur une désillusion totale. Elle consommera le divorce après seulement deux ans de mariage. Si le racisme feutré dont lui témoignait sa belle-famille y est pour quelque chose, cela découlait tout simplement d’une “erreur de casting” selon Fatou Diome.

 

Esseulée dans un pays étranger avec une culture tout à fait exotique mais dont elle avait quelques notions, Fatou Diome sera confrontée à une multitude de problèmes qu’elle surmontera les uns après les autres.

Afin d’assurer sa subsistance, elle sera amenée à travailler en tant que femme de ménage, une activité qui n’est pas nouvelle pour elle. Elle lui sera d’un grand apport pour garder indemne sa dignité et son honneur en terre étrangère.

Malgré toutes les difficultés et coups bas dont elle a été victime en France, elle voue un amour profond à cette terre on ne peut moins clémente.

Elle déposera ses baluchons dans la ville de Strasbourg avant de s’inscrire à l’université de la ville où elle suivra des études de lettres ponctuée d’une brillante thèse axée sur “Le Voyage, les échanges et la formation dans l'œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane”.

Cet amour pour cette terre d’accueil, cette mère adoptive comme elle l’affirme à travers son ouvrage "Marianne porte plainte" -Marianne symbolisant la France-, elle la défend et la protège face aux pourfendeurs des valeurs de liberté, d’égalité et fraternité qui ont fait toute la grandeur de cette Nation.

 


“J’aime écrire parce que c’est une condition vitale pour moi”

Son histoire d’amour avec la littérature a donné naissance à plusieurs ouvrages.

Sa première production, jusqu’ici sous forme de recueil de nouvelles, vit le jour en 2001 et portera comme titre : "La préférence nationale".
Mais l’ouvrage qui sonnera son entrée dans la cour des grands sera son premier roman intitulé "Le Ventre de l’Atlantique".

Loin d’être un business, ou bien une fin en soi, l’écrivaine affirme que l’écriture est une passion dont elle ne se sert pas pour survivre mais plutôt pour exister.

Sa profession de Professeur lui permet de subvenir à ses besoins financiers mais la littérature est pour elle un moyen de communication, un outil de partage et parfois un bouclier pour se défendre face aux assauts de ses détracteurs.

Les conventions militaires classent les armes par ordre de puissance; l’écrivaine reste persuadée que son arme à elle, à savoir son stylo, aussi légère qu’elle puisse paraître, peut tenir tête à n’importe quel type d’arsenal.


Avec une existence aussi chargée que saccadée, il n’y avait que la littérature pour l’aider à partager ses peines.

 

Les mots pour dénoncer les maux de la vie

La production littéraire de Fatou Diome traite de divers thèmes. L’écrivaine ne manque jamais l’occasion de fustiger, sensibiliser, mettre en garde ses lecteurs par rapport à des phénomènes de société dont l'intolérance, le racisme...
 


Le mot, cet élément banal qui caractérise les rapports humains, est au début et à la fin de tous les maux dont souffre ce monde.

Donc quoi de mieux pour soigner les maux que les mots tout simplement. L’homme est une somme de circonstances a t-on l’habitude de dire et ce dernier s’identifie et s’adapte à son milieu.

Pour le cas de Fatou Diome, évoluer dans un milieu hostile qui vous réprime, vous rejette par le biais de mots blessants qui apparaissent comme des balles de fusil pour vous détruire, a été tout simplement épouvantable.

Partout où elle est passée, le venin contenu dans les mots a accru ses maux.
Trouvant refuge dans la langue française, l’écrivaine utilisera cette dernière pour se libérer, se soulager pourrait-on dire d’un fardeau qu’elle traîne depuis sa plus tendre enfance.

 

Identité

Le thème au centre de la production de Fatou Diome est l'identité. Une question qu’elle traite avec aisance d’autant plus qu’elle caractérise son existence.

Quels sont les éléments qui définissent clairement l’identité d’une personne ?
Certains seraient amenés à répondre par la langue, la culture, la race, mais selon l’écrivaine, il n’y a qu'une seule identité qui tienne c’est celle de l’humanité.


Ipso facto, elle voit en chacun un frère, une soeur, une mère, un père. Mais face aux discours antisémites, au racisme des peuples européens, la question de l’identité semble très controversée.

C’est tout naturellement que Fatou Diome prône la théorie d’une identité humaine.
Elle ne s’identifie même pas au milieu qui l’a vu naître et qui lui témoigne toute son hostilité, mais de qui elle a quand même hérité une langue (sérère) et un caractère bien trempé.


 


L'Absurde, l'arme fatale de l'écriture de Fatou Diome

Les coups qu’elle a reçu de la vie ont fini par la rendre forte face à l'adversité. Plus la peine de dramatiser face à une situation donnée !
La valeur de l’Absurde est donc cardinale dans ses écrits car elle est convaincue que les “imbéciles” disent toujours la vérité.

En effet, pour traiter d’un fait sérieux ou d’un sujet sensible, le casting doit être savamment orchestré pour atteindre tout le monde.
S’inspirant bien souvent de l'auteur Marivaux, l’écrivaine lui copie le style de personnage ordinaire d'Arlequin, celui qui utilise le rire pour corriger les mœurs.

Quoi de mieux que la convocation du réalisme burlesque ou du moins "l'ironie caustique" pour reprendre Fatou Diome afin de tourner en dérision un fait que tout le monde considère comme un tabou ?!?

 



Lu 493 fois

Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 26 Décembre 2018 - 09:00 Le franc CFA: 73 ans d'héritage colonial.


Partager le site
Facebook
Twitter