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Le car rapide, un emblème national



10 Juillet 2018 - 17:20

Ah Dakar! Cette ville du Sénégal dont elle est d’ailleurs la capitale se distingue des autres régions du monde par son originalité.

Ville cosmopolite, elle abrite les différents échantillons du Sénégal et même de la sous-région.

Elle ne cesse d’attirer par le biais de ses édifices et de sa culture particulière, mais aussi et surtout du fait de sa vitalité incarnée par cette mobilité urbaine à laquelle prennent part toutes sortes de moyens de locomotion.

Parmi eux, le car rapide. Ce véhicule typiquement sénégalais participe activement à la sérénade de klaxons et de ronronnements qui berce les journées de la capitale.


Le car rapide, un emblème national
Vieux de plus d’un demi-siècle, ce type de véhicule est devenu un élément incontournable du parc automobile sénégalais.

A l’origine, la carrosserie du car rapide était une Estafette ou un 1 000 kg, deux modèles du très célèbre constructeur Français Renault.
Destinés aux transports de marchandises et de bagages en métropole, ces véhicules ont connu un autre sort une fois en terre sénégalaise.
 

Un univers à part...

Viel de plus d’un demi-siècle, ce type de véhicule est devenu un élément incontournable du parc automobile sénégalais.

A l’origine la carrosserie du car rapide était une Estafette ou un 1 000 kg, deux modèles du très célèbre constructeur Français Renault.

Destinés aux transports de marchandises et de bagages en métropole, ces véhicules ont connu un autre sort une fois en terre sénégalaise.

Le génie créatif et l’expertise locale se sont déchaînées sur ces bolides d’une autre époque pour produire un résultat exceptionnel tant sur le point esthétique que sur le point pratique.

Aujourd’hui ils sont nombreux ces coins de Dakar dont la vitalité dépend de ces car rapides.

 

Un code langagier unique

Si vous êtes exigeant à propos de la bonne prononciation des termes, vous risquez très certainement d’être déçu une fois dans ces bolides.

On y entend du tout : (En awant, awance...awance...awance, louy dem dieuleul...) et, quant à l'énonciation des lieux de destination, on risque de s’y perdre.

Conduit en général par un chauffeur qui ne sort pas d’une académie, ce dernier est souvent épaulé par un apprenti qui démarche et embarque les clients.

Provenant pour la majeure partie de la banlieue sénégalaise, ces écuries de formule 1 locale qui assurent la mobilité urbaine développent un langage qui leur est bien propre.

Est-ce dû au milieu ? Quelle que soit l'explication, force est de reconnaître que ces derniers ont su développer un lexique que s'approprie bon nombre de Sénégalais.

 

Un espace scénique typiquement sénégalais

A l’intérieur comme à l’extérieur, le car rapide impressionne par son côté folklorique.

Avec sa fameuse peinture jaune bleue floquée d’une multitude d’écritures qui varient en fonction des inspirations religieuses, confrériques, ethniques, ce véhicule offre une publicité remarquable de la diversité sénégalaise, symbole même de sa stabilité.

A l’intérieur du véhicule, l’aménagement du car rapide vous transporte dans un univers familier et impose le dialogue et la communication entre passagers.

La disposition des chaises conditionne le contact visuel entre clients.
Deux rangées de 5 places chacun vous accueillent juste à l’entrée, renforcée par deux autres rangées dont le caractère isolé est assuré par un "versaille" (petit tabouret en langage apprenti) et trois autres places dans la cabine du conducteur.

Même s’ils n’ont pas fait d’étude de marketing ou de commerce international, force est de reconnaître que les propriétaires de ces bolides savent pincer la fibre sensible de certains passagers à travers une décoration intérieure matérialisée par des affiches (marabouts, lutteurs…) et autres dessins sur les parois intérieurs du véhicule.

Viennent se greffer à ce décor carnavalesque, les tenus ou dirait-on tout simplement accoutrements. Chercher une aiguille dans une boite de foin est mille fois plus simple que trouver un apprenti "bien sapé".

Les tenues évoluent certes en fonction des travaux que nous exerçons mais ceux des apprentis de car rapides sont d’un tout autre ordre et participent bien souvent à l’authenticité de ce décor.

Outre l’aspect stylistique, le voyage est rythmé par des acrobaties intéressantes que proposent les apprentis dans la circulation.

Leur manière de se pencher sur la porte ou même de se déplacer dans le véhicule est tout simplement remarquable.


Une arme blanche en circulation

Si, à la place de s'émerveiller, certains perçoivent au travers des cars rapides des cercueils roulants, il est aisé de reconnaître que nombre de ces véhicules sont bons pour la casse.

On n'est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise dans ces bolides dont la restauration se fait bien souvent à l’aide de tôles de barriques.
Des matériaux qui représentent un grand danger pour le passager. Plus de la moitié de ces bolides sont en état de délabrement et ne répondent plus aux normes standards.

Le car rapide, un emblème national

Avec les avancées notées dans le domaine de l’automobile, l’usage de matériaux légers tels que l'aluminium ou l’inox sont priorisés au détriment de matières lourdes.
Cela est dû à des raisons certes de confort, mais aussi de sécurité car, en cas d’accident, il est plus aisé d'extirper la victime du véhicule.

Revenons-en à notre car rapide: en effet si, par inadvertance, le véhicule subit un grave accident, vous êtes assuré d’avoir une mort rapide dont se chargeront les tôles.
 


Une véritable machine à sous ?

Dakar est une ville très mobile et les acteurs du secteur sont bien à l’aise pour le confirmer.

L’avènement du car rapide dans le paysage routier sénégalais contribue presque à une flemme grandissante des usagers.
Désormais, on priorise le petit bolide au détriment de la marche, et ce, même pour des distances assez courtes. Une attitude qui ne déplaît à aucun des acteurs du trafic routier.

Avec un plafond estimé à 150 F, les tarifs commencent à 50 F. Malgré l’avènement des bus Tata et Dakar Dem Dikk, le car rapide garde toujours la tête hors de l’eau et tire profit de ce juteux marché du transport.

Selon l’avis de certains chauffeurs, il est possible de verser jusqu’à 15 000 F par jour, une somme sans compter les "réserves" qu’ils se font avec la complicité bien évidemment de l’apprenti.

Dans le business, les chauffeurs sont enjoints de verser une certaine somme journalière ou hebdomadaire au propriétaire avec laquelle ils seront rémunérés entre 50 et 70 000F par mois contre 30 000 F pour les apprentis.
 


Un business en sursis

La problématique du transport urbain s’est toujours invitée aux programmes des régimes qui se sont succédés au Sénégal.

Dans la capitale Sénégal, le parc immobilier a longtemps été dominé par les véhicules “Ndiaga Ndiaye” et les “cars rapides”.

Avec l’avènement de Wade au pouvoir, ces vieux bolides devaient céder la place aux nouveaux Bus Tatas et Dakar Dem Dikk avant fin 2005.
Une mission qui s’est avérée être impossible puisque ces derniers continuent de prendre part au transport urbain.

En 2012, s'est produite la seconde alternance sénégalaise avec l’avènement de Macky Sall au pouvoir.
Avec ce dernier, la recrudescence des bus Tata dans la capitale s'est fait sentir témoignant sans doute de l’ambition du gouvernement de rendre réel ce projet d’assainissement du parc automobile sénégalais.

2018 était retenue comme date butoir pour signer définitivement le retrait des cars rapides de la circulation.
L’Etat a proposé aux propriétaires de car rapide de leur remettre leur clé accompagnée d’une somme d’argent contre quoi ils pourraient acquérir un bus tata flambant neuf.
Une initiative qui peine encore à séduire les propriétaires de ces bolides.
 

En 2015, le président de l’Assemblée nationale sénégalaise Moustapha Diakhaté a invité le Chef de l’Etat à prendre des mesure fermes vis-à-vis de ces “cercueils ambulants” suite au décès de son frère mort dans un accident de la circulation dans lequel était mêlé un car rapide.
Aujourd’hui encore, ces bolides sont plus que présents sur les artères de la capitale alors que nous sommes en 2018.

Est-ce un laxisme de la part des autorités ?
En cette veille d’année électorale, il pourrait être risqué de procéder à une telle réforme à marche forcée sans entamer la cote de popularité des politiques auprès des acteurs de ce secteur.
 


Un symbole national aux dimensions universelles

La terre retourne à la terre, c’est donc tout naturellement que le car rapide Saviem SG2, retourne à Paris non pas pour prendre part au trafic routier français mais pour témoigner de sa légende en siégeant fièrement au Musée de l’Homme à Paris.

Plus d’un demi-siècle plus tard, ce bolide destiné jadis au transport de marchandises et de bagages fait son retour sur ses terres d’origines mais, cette fois, il y va pour représenter le Sénégal, célébrer sa diversité culturelle, mieux assurer sa mise en relief dans un élan de fraternité témoignant sans doute des relations multiséculaires qui lient le Sénégal et La France.
 

le car rapide signe son entrée au Musée de l'Homme de Paris
le car rapide signe son entrée au Musée de l'Homme de Paris



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