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Le franc CFA: 73 ans d'héritage colonial.



26 Décembre 2018 - 09:00

Quatorze pays d'Afrique utilisent encore une monnaie coloniale nommée: le franc CFA! La monnaie a été créée le 26 décembre 1945 et signifiait littéralement «Francs des Colonies françaises d'Afrique». Après les indépendances, dans les années 1960, la monnaie FCFA a persisté et le nom a été subtilement changé en "Communauté Financière en Afrique" ou “Coopération Financière en Afrique ” selon la position géographique.


Il existe deux types de CFA en circulation en Afrique: le franc CFA d'Afrique de l'Ouest (XOF) et le franc CFA d'Afrique centrale (XAF). Il y a aussi le franc comorien (la monnaie nationale de la nation est-africaine des Comores). Ces devises ne sont pas interchangeables: cela signifie que vous ne pouvez pas utiliser le franc ouest africain dans les pays d'Afrique centrale (et vice versa), bien que les deux existent à parité (c'est-à-dire 1 XOF = 1 XAF). Naturellement, cela constitue un obstacle au commerce entre les pays d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo) et l'Afrique centrale (Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Guinée équatoriale, Gabon, République du Congo) et a par conséquent un effet négatif sur leurs économies respectives. Par exemple, lorsque vous voyagez de Dakar à Yaoundé, vous devez transformer votre franc CFA d'Afrique de l'Ouest en euro et ensuite transformer votre euro en franc d’Afrique central.

Ironiquement, le franc CFA est fabriqué et imprimé en France.

Plus choquant encore est le fait que la France conserve 50% de leurs réserves de change au sein du Trésor français. En contrepartie, les pays africains de la zone CFA se voient garantir un taux de change fixe par rapport à l'euro (c'est-à-dire 1 euro = 655.957 XOF / XAF). En effet, ces pays paient une sorte de taxe à la France en échange d'un taux de change fixe par rapport à l'euro, qui est censé constituer une sorte d'assurance pour maintenir la stabilité monétaire dans la zone CFA.


Comme vous le savez, l'euro est une monnaie très jeune; la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des États membres de la zone euro ont commencé à émettre conjointement l'euro en 2002. Avant l'euro, la France utilisait le franc français (FRF) comme monnaie nationale. Même si le franc français a disparu, nous sommes toujours coincés en utilisant une relique de cette monnaie de l'époque coloniale. Cependant, la soi-disant «assurance» obtenue en rattachant le franc CFA à l'euro n'est bien sûr garantie que par la stabilité de l'euro lui-même; Donc, si l'euro perd sa valeur, le franc CFA suivra aussi. De plus, le franc CFA est complètement vulnérable aux manipulations monétaires des banques centrales au sein de la zone euro.


Récemment, le président français Emmanuel Macron, a partagé son agacement concernant les protestations contre cette monnaie Française (pardon Africaine). Il a clairement dit “Si vous n’êtes pas heureux, sortez de la zone CFA et créer votre propre monnaie”. Merci pour le bon conseil, président Macron nous y reviendrons un peu plus tard.
 

Pour l'instant, concentrons-nous sur l'histoire de cette monnaie controversée. Nous payons une sorte de taxe (vous pouvez l’appeler comme vous voulez) à la France parce qu'elle imprime et assure la sécurité de notre précieuse monnaie dans sa banque. En contrepartie, elle assure une stabilité monétaire en garantissant un taux d'échange arrimé à l'euro, une convertibilité à l’euro et une liberté de circulation dans la zone franc concernée. Si nous remontons dans le temps, le taux «fixe» a clairement fluctué à la suite de manipulations monétaires délibérées. En réalité, ce taux n'est donc pas aussi fixe, qu’on nous le fasse penser! Lorsque le franc CFA a été créé en 1945, il valait 1,70 FRF; en 1948, sa valeur a été modifiée à 2,00 FRF. Malgré les indépendances des années 1960, le franc CFA a persisté et a été considérablement dévalué à 0,02 FRF (1 FRF = 50 XOF / XAF).  Puis, dans les années 1970 et 1980, le dollar américain s'est déprécié en valeur; cela a conduit à une augmentation de la valeur du franc français et, naturellement, du franc CFA. Au cours de ces années, les anciennes colonies africaines britanniques se sont débarrassés de la livre sterling et ont créé de nouvelles devises, mais beaucoup plus faibles. Cela a conduit à une augmentation des importations de produits provenant des anciennes colonies britanniques vers les anciennes colonies françaises d'Afrique. La conséquence directe de ces importations était une diminution des exportations des pays de la zone CFA, suivie d'une baisse significative de leurs revenus. Naturellement, un déficit budgétaire et une augmentation de la dette s’en sont suivis et Il fallait impérativement trouver des ressources pour combler ce déficit.
 

La France et des organismes internationaux comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ont proposé de subventionner ses pays à condition qu’ils mettent en place une politique de rigueur pour augmenter leurs recettes et diminuer leurs dépenses publiques. Conséquence, on assista à une diminution massive des fonctionnaires d’Etat et la privatisation de plusieurs secteurs économiques.
 

Je suis sénégalaise, donc de tels changements drastiques ont directement affecté les membres de ma famille et de ma communauté. Pendant ce temps 1990, mes parents ont perdu leur emploi de fonctionnaires. Ils étaient impliqués dans la lutte contre la pauvreté et dirigeaient des programmes sociaux dans les zones rurales pour aider les femmes et les agriculteurs. Suite aux nouvelles politiques mises en place, le gouvernement sénégalais a forcé mes parents à faire leur «départ volontaire». Départ volontaire, un terme plutôt ironique vu que le gouvernement a forcé plusieurs fonctionnaires à prendre leur retraite prématurément. Mon père et ma mère, par exemple ont pris leur retraite respectivement à l'âge de 43 ans et 40 ans.
 

Une mesure encore plus controversée a été la dévaluation du franc CFA en 1994 par la France, le FMI et la Banque mondiale. Le 12 janvier 1994, la valeur de 1 franc CFA a été réduite à 0,01 FRF (soit 1 FRF = 100 XOF / XAF). Voici un témoignage du président Sénégalais de l'époque Abdou disant qu’il n’avait pas le choix et qu’il fallait qu’il accepte la dévaluation. Ses propres mots “J’avais le dos au mur”. Du jour au lendemain, notre monnaie perd 50% de sa valeur.
 

Le raisonnement était que cela nous permettrait de stimuler nos exportations et notre économie. Apparemment, une monnaie dévaluée de moitié signifie que les pays à monnaie forte pourront acheter nos produits deux fois plus facilement. En 1994, je commençais tout juste l'école élémentaire. Maintenant, 24 ans plus tard avec un doctorat, j'attends toujours que ces exportations augmentent de manière significative! Nous sommes toujours de grands consommateurs de produits et technologies importés. Rétrospectivement, je me demande comment la France et consorts ont réussi à se convaincre que cette «poussée des exportations» aurait pu vraiment marcher dans des pays avec un secteur industriel quasi inexistant ???
 

Personnellement, j'ai ressenti les effets directs de la dévaluation en 1994, même si j'avais à peine 5 ans. Comme tous les enfants de mon âge, j'adorais les bonbons. Je me souvient que le prix d'un bonbon est soudainement devenu plus cher. Cela m'a rendu très triste d'avoir moins de bonbons. Beaucoup de gens se plaignaient, en particulier des personnes comme mes parents. Imaginez-vous perdre votre emploi des années auparavant à la suite de changements politiques conduits par des entités étrangères et, quelques années plus tard, ces mêmes entités dévaluent votre monnaie nationale de 50%. Imaginez tous les parents qui avaient une famille à nourrir, qui devaient scolariser leurs enfants et prendre soin des membres de leur famille malades. Imaginez se retrouver dans une situation précaire du jour au lendemain, où satisfaire vos besoins quotidiens passe brusquement de «possible» à «problématique»! Beaucoup d'Africains dans la zone CFA ont vécu cette situation. Imaginez ce qu'ils ont dû ressentir. Leur impuissance, leur confusion, leur colère, sachant qu'une entité externe a le pouvoir de contrôler leur économie et de prendre des décisions qui affectent leur avenir et celui de leurs enfants.
 

Il y a eu certes des protestations mais c'était trop tard; la dévaluation du franc CFA avait déjà eu lieu. En plus, un nombre exorbitant de personnes étaient déjà au chômage ou contraintes de prendre leur retraite des années auparavant. Je me demande souvent comment les gens ont réussi à s'adapter à ce changement économique radical. Maintenant que l'ombre d'une autre dévaluation plane sur la zone CFA, il est impératif pour nous de rester informés et de participer activement au débat pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise. Ensemble, nous pouvons construire un nouveau système financier pour nous-mêmes et pour les générations futures africaines. Notre objectif, atteindre un véritable état d'indépendance légitime et réparer les traumatismes économiques causés par la colonisation ou encore la néocolonisation.




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