I Love Sénégal
Instagram
Facebook
Twitter
YouTube
LinkedIn
Menu
I Love Sénégal
Facebook
Instagram
Twitter
YouTube
LinkedIn

Louis Mbarick Fall ou l’épopée d'un champion décrié



26 Mars 2018 - 18:30

Saint Louis, ville située au nord du Sénégal, fut sa première capitale. Cette terre chargée d’histoire a accueilli plusieurs personnalités importantes de l'Histoire.

C’est cette même terre qui a enfanté, un jour de 16 septembre 1897, un certain Louis Fall. Ce nom peu évocateur auprès de nombreux profanes des temps modernes cache un homme à la dimension universelle et dont la gloire aussi éphémère qu’elle puisse paraître est inscrite en lettres CARDINALES dans les archives de l’histoire de la République française.

Nous sommes le 24 septembre 1922 dans le célèbre du ring stade Buffalo; de 50 000 à 60 000 personnes scandent, clament, célèbrent le nom d’un jeune noir qui réalise à peine l’exploit retentissant qu’il vient de signer.

"Carpentier est à terre!!! Carpentier est à terre !!!"
Eh oui, l’image est saisissante : le noir vient de faire mordre la poussière au colonisateur !


S’il le faut, nager pour rejoindre l’outre-mer

Durant la période de colonisation l’administration coloniale déclare les quatre communes, Dakar, Rufisque, Gorée et Saint-Louis, territoires français. 

A sa naissance, Louis Fall, déclaré à l’état civil sous le nom de Amadou Mbarick Fall, était, à l’instar des populations issues de ces quatre communes, un sujet français. En bon ndar ndar (habitant de Saint-Louis), c’est avec aisance qu’il se jette à l’eau. 
Activité désintéressée au début, la natation évoluera avec la recrudescence des navires étrangers sur les côtes saint-louisiennes pour devenir un gagne-pain de bon nombre de jeunes saint louisiens. 

Les touristes qui débarquaient de ces navires avaient pour habitude d’initier des concours de plongée mettant aux prises les jeunes qui se baignaient dans le fleuve. Des pièces étaient jetées pour l’occasion au fond de la grande bleue et le premier à les avoir ramassé s’enrichissait. 

Parmi ces jeunes, le talent hors pair d'Amadou Fall en émerveille plus d’un.
Mais la seule qui manifestera vraiment son intérêt sera une danseuse d’origine hollandaise qui décide de l’inviter à rejoindre l'Europe avec elle. En toute innocence, il quitte son Saint-Louis natal pour rejoindre la France où l’attend une folle épopée légendaire.
 

Le “Roi” est mort, vive le “roi”

En cours de périple, il élira domicile en France où il acquiert son indépendance en lavant les vaisselles d'un restaurant. Très jeune, il développera un sérieux intérêt pour le monde du ring.

A l’âge de 14 ans il entame sa carrière de boxeur. Dans la foulée, il contracte des combats entre 1912 et 1916. Il affiche au palmarès 16 combats sanctionnés de 8 victoires, 6 matchs nuls et 2 revers.
1914: l’Europe est secouée par une guerre sans précédent et la carrière sportive de Louis Fall, dénommé Siki, connaîtra une pause.
Il s'illustrera alors sur le champ de bataille: le soldat Siki sera décoré de la croix de guerre et recevra la médaille militaire.

Au lendemain de la première guerre mondiale, il renoue avec le ring et les victoires sont au rendez-vous. Elles seront 43 au total contre 2 défaites et 1 match nul.

Le combat majeur qui sonnera son entrée au cercle restreint des grands de la discipline l’opposera au très célèbre Georges Carpentier champion du monde. 

Pour célébrer son retour sur les rings, le manager du champion du monde a porté son choix sur Siki: un adversaire faire valoir selon lui pour célébrer le retour de son poulain. Un choix qui semblait se justifier tout au début...
Le combat est alors à l’avantage de Carpentier qui se permettra d’assener une sévère correction à Siki durant les deux premiers rounds.

Ce qui devait être un combat facile débouchera sur un fiasco total. Trahi par une euphorie démesurée, Carpentier accusera un moment de faiblesse qui sonnera son déclin. 

Un violent uppercut de Siki viendra le propulser au sol. C’est le début de la fin pour le champion français qui sera simultanément envoyé au tapis lors du 3 et 6ème round.

Le verdict prendra du temps à tomber d’autant que l’arbitre avait, dans un premier temps, donné victoire au sportif français suite à un croc-en-jambe de Siki. Face à la fureur du public acquis à la cause de Siki, le préjudice sera vite réparé et sa victoire proclamée !

Ainsi, le nom de Battling Siki raisonnait dans tout le stade. Battling n’avait pas respecté le “pacte qu’il avait signé” et sera confronté au racisme à peine feutré de toute une Nation.

Un roi sans royaume

Détrôner un champion n’est pas donné à tout le monde, encore moins à une personne de couleur !
On était en pleine colonisation et la France gouvernait toujours ses provinces africaines.
Qui pouvait mesurer l’impact d’un tel revers sportif aux allures révolutionnaires ?
Dès lors, il fallait dégonfler les prétentions, anéantir les ambitions des hommes de couleurs qui pouvaient, à tout moment, profiter de cette situation pour hausser le ton.

Une sévère guérilla sera orchestrée dans ce sens pour déconstruire voire détruire Siki.

Tour à tour, les plus célèbres magazines français déverseront leur fureur sur le jeune Louis: c'est le "championzee" pour l'un, "l'enfant de la jungle" pour un autre !
Tous les clichés racistes furent de sortie.

Tous les coups étaient permis pour l’amener au tapis et saper son moral. La réhabilitation de l’image de la France devait forcément passer par la déconstruction du “mythe” rampant Siki.

Inconscient peut être ou insouciant, Siki fait plutôt dans le tapage dans un univers qui lui est hostile en menant grand train sans aucune modestie.
Suite à des excès commis, la fédération française de boxe en profitera pour lui régler son compte. Il est destitué de tous ses titres.

Sa rédemption, il la doit à Blaise Diagne, député sénégalais siégeant au parlement français. Par le biais d’une plaidoirie poignante, ce dernier sut faire fléchir les autorités françaises qui ont finalement revu leur copie. 
Désormais, le colosse est réintégré dans le circuit mais contraint à l’exil laissant femme et enfant pour continuer la boxe.
 

Prêt pour le dernier round

Rétabli dans ses droits mais sans permission de combattre en France, Siki est contraint à l’exil. 

C’est en Irlande qu’il se rendra pour défendre son titre face au redoutable Mike McTigue. Il sera défait par ce dernier le 17 mars 1923. Désormais, sur la sellette, Siki songea à se rendre au Royaume-Uni où il sera déclaré persona non grata. 

Louis Mbarick Fall ou l’épopée d'un champion décrié

Pourquoi ne pas aller croquer le rêve américain ?

Et pour cela, il fallait tourner la page et entamer un nouveau chapitre qu’il écrira avec une New-yorkaise abandonnant en France femme et enfant.

A la pIace du rêve, il découvrira plutôt le cauchemar dans un pays profondément raciste et qui avait, à l’époque, défini les contours de sa cohabitation avec les hommes de couleur.
Des restrictions dont n’avait cure Siki qui se permettait de vivre "décontracté" ce qui lui vaudra ses plus gros ennuis.

Au matin du 15 décembre 1925, le colosse tombe dans les rues de Hell's Kitchen à New York, près de chez lui, froidement assassiné de quatre balles au dos.
L'auteur Eduardo Arroyo écrira: "Siki a été tué car il se permettait là-bas ce qui lui était interdit : "il aimait les femmes blanches, les voitures blanches, les chiens blancs, le jazz et le champagne. C’était trop d’insolence et de nargue".

Cette fois-ci c'en était fini de lui, il était KO et ne pouvait plus se relever !
 


Celui qui fut considéré chez les blancs comme un tricheur, un pur traître, paraît bien en héros africain, en fierté sénégalaise aujourd'hui.

Et il est sûr que, dans son Saint-Louis natal où il repose désormais dans le cimetière de Get Ndar, Amadou Mbarick Fall sera toujours, en dehors du fait d’être le premier africain champion du monde de boxe, celui qui a fait mordre la poussière au Blanc “dans son fief” !
 

Louis Mbarick Fall ou l’épopée d'un champion décrié



Lu 306 fois

Dans la même rubrique :
< >

Mardi 29 Mai 2018 - 11:24 Le trophée de toutes les convoitises

 

Partager le site
Facebook
Twitter