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Ndaté Yalla Mbodj la souveraine du Walo



3 Juin 2018 - 17:30

Son nom est gravé en lettres d’or dans les annales de l’histoire du Sénégal.
Elle, c’est la linguère Ndatté Yalla Mbodj grande souveraine du Walo. Issue de la lignée des Tédiek, elle est la sœur cadette de Ndjeumbeut Mbodj et seconde fille de Fatim Yamar Khouriaye.

Cette dernière est la première femme de sang royal à avoir régné dans le Walo avec le concert de son époux Amar Borso Mbodj à qui elle offrit le titre de Brack. C’est donc en toute légitimité que Ndaté Yalla Mbodj fut pressentie comme future dirigeante de son royaume.

Elle n'aura vécu qu’un demi-siècle, une durée suffisante pour bousculer la hiérarchie et marquer de son empreinte l’histoire du Sénégal en s’avérant comme l’une des plus farouches résistantes que l’Afrique ait connue.


Le Walo jardin de l’émancipation féminine et (...)

Le Sénégal des royaumes avait favorisé l’éclosion d’un type de population assez particulier constitué d’hommes et de femmes de valeurs.

Nous sommes à une époque féodale, la cohabitation entre royaumes n’est aucunement régie par une quelconque législation. Pour assurer la pérennité du royaume, il fallait à sa tête un souverain remarquable tant par sa bravoure, sa témérité, son intelligence, que par sa lignée.

D’emblée cette tâche semblait tout naturellement dévouée à la cause masculine. Chaque royaume était défendu par un roi, mais, dans le Walo, une tendance inhabituelle s’était dessinée car, conformément à la tradition matriarcale, les femmes de sang royal communément appelées “linguères” détenaient la légitimité du commandement et présidaient aux destinées du Brack à qui elles offraient les prérogatives d’exercice du pouvoir.

Donc, c’est en souveraine incontestée que Fatim Yamar Khouriaye nomma son époux Amar Borso Mbodj Brack du Walo. De cette union, naîtront deux filles : Ndjeumbeut Mbodj et Ndaté Yalla Mbodj dont l’existence entière sera dévouée à la défense du Walo.
 


(…) Symbole de la bravoure féminine !

Lorsqu’il s’agit de célébrer la femme au Sénégal, l’exemple des femmes du Walo est généralement cité en premier lieu. Il faut rappeler qu’à cette époque les rapports entre les royaumes n’étaient pas codifiés chaque entité était tenu de rester à l'affût pour parer à toute éventualité.

Depuis sa dislocation au 16e siècle, l’empire Wolof a donné naissance à une multitude de fragments (Djolof, Walo, Baol et Cayor) avec comme seul dénominateur commun le versant lingual (le Wolof).
Dispersés, ces royaumes étaient devenus vulnérables et connaissaient parfois des moments de faiblesse que n’hésitaient pas à utiliser leurs adversaires pour les réduire à néant.

Victime d’une maladie, le Brack du Walo décida en mars 1820 de se rendre en compagnie de certains de ses hauts dignitaires du côté de Saint-Louis afin de d’y recevoir des soins. Cette absence sonnera comme un moment de faiblesse et sera saisie par les guerriers maures pour assiéger le Walo.

Leur tentative sera vite découragée par une opposition farouche d’un groupe de femmes déguisées en hommes. Touchés dans leur orgueil, les assaillants revinrent et firent plier ces dames qui, sous le commandement de Fatim Yamar Khouriaye, ont préféré être consumées par le feu plutôt que de vivre les supplices de l’asservissement.


C’est le fameux “Talatay Nder” ou encore le “mardi de Nder” ce fameux jour de 7 mars 1820 où les femmes du Walo se sont toutes regroupées dans une chambre avant d’y mettre le feu.

Pour sauvegarder la lignée du royaume et perpétuer l’héritage des Tédiek, les deux jeunes filles de Fatim Yamar Khouriaye, à savoir Ndjeumbeut Mbodj et Ndaté Yalla Mbodj ont été exfiltrées hors du royaume avant le suicide collectif.
 


Un destin à assumer

Désormais esseulées et orphelines, c’est d’un Walo meurtri et dévasté mais à l'honneur sauf qu’elles héritent. Elles se hâteront de nommer leur cousin Mambodj Malick Brack du Walo évoluant sous le commandement de Ndjeumbeut Mbodj désormais souveraine du Walo.

Son magistère prendra fin à sa mort en 1846. A l’âge de 36 ans, Ndaté Yalla accède alors au trône. Avec elle, le Walo entame une nouvelle ère. Souveraine incontestée, c’est avec la plus grande fermeté qu’elle incarne la chefferie du royaume.

Charismatique et pugnace, elle ne plie face à aucun obstacle nuisible à l’épanouissement de son royaume. L’an 2 de son magistère coïncida avec le démarrage officiel de la colonisation du Sénégal par la France (1848) depuis Saint-Louis.
Ayant l’habitude de ne traiter qu’avec des hommes, il était aisé de comprendre la surprise et le gène des colons à devoir désormais traiter avec une femme pour contrôler le Walo.

D’autant plus que, pendant cette même période, les femmes françaises étaient encore loin d'avoir une citoyenneté reconnue.
 

Un leadership incontesté

Pour autant, les colons ont dû taire en eux leurs instincts machistes et traiter avec Ndaté Yalla.
Elle a su ravir la vedette à tous les Bracks des royaumes Wolof. Plus besoin d’attester une Lettre avec la signature d’un nom de Brack: Ndaté Yalla était devenu le timbre par idéal qui enjoignait crédibilité et authenticité à toutes correspondances épistolaires !

Mais cette entente sera perturbée par l’opposition de la reine face au projet d’annexion de l’île de Mboyo par les Français.
Et, dans une lettre, elle leur fera comprendre sa position:

« Le but de cette lettre est de vous faire connaître que l'Île de Mboyo m’appartient depuis mon grand-père jusqu’à moi. Aujourd’hui, il n’y a personne qui puisse dire que ce pays lui appartient, il est à moi seule ».


Outre cette mise en garde, la souveraine notifie à Faidherbe l’interdiction formelle aux troupes sarakholés de passer sur son territoire pour ravitailler Saint-Louis en bétail en lui adressant la correspondance suivante :

« c’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays ; pour cette raison, nous en prenons le dixième et nous n'accepterons jamais autre chose que cela. Saint-Louis appartient au Gouverneur, le Cayor au Damel et le Waalo au Brack. Chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon lui semble ».


Ayant le courage de ses mots, elle n’hésitera pas à les traduire en actes allant jusqu’à piller les alentours de Saint louis ou en menaçant directement le Gouverneur Faidherbe.
Excédé et outré par le comportement de la souveraine, le gouverneur de l'administration française décide d’opter pour une solution administrative en la mettant en garde: 

 “ Si tu veux que les bonnes relations continuent entre nous, tu devras rendre les 16 bœufs qui sont entre tes mains(...) sinon je deviendrai ton ennemi et c’est toi seule qui l’auras voulu”

 

Une résistante dévouée

Des sommations qui semblent n’avoir pas fait d’effet: pire même, la souveraine interdit le commerce avec les colons qui, selon elle, n’était profitable qu’aux français. C’était l’offense de trop. Elle a motivé la réponse de la France déterminée à en finir avec elle.

Faidherbe lui enverra une armée constituée de 15 000 hommes. Consciente de l’infériorité de son armée (en terme numérique), elle décide cependant d’affronter l’armée coloniale avec l’aide d’un groupe de soldats. Elle s'adressera à eux en ces termes : 

 “Aujourd’hui nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les tiédos (guerriers) du Walo, si vaillants guerriers soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l’ennemi. L’envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Walo aux mains des étrangers ? “


La magie des mots n’aura pas suffi pour tenir tête à l’armée coloniale. Elle sera vite défaite et mourra 5 ans plus tard.
 


Une héroïne peut en cacher un autre

Jusqu’ici, on serait amené à se dire que la lingère n’avait pas de vie privée, une conception rapidement effacée par son fils. Il se nommait Sidya Ndaté Yalla Diop. C’est le fruit de son union avec le Gouverneur du Walo occidental Sakoura Diop.

Après la défection de sa mère, ce Sidya était pressenti comme futur Brack mais, en raison de sa jeunesse (10 ans), l’administration coloniale a usé de la force pour imposer au royaume du Walo un autre Brack du nom de Loggar Fara Penda Madiaw Khor Diaw.

Une décision qui provoquera de violentes manifestations de la part des partisans du prince héritier Sidya Diop. Il fut capturé par Faidherbe qui décide de le rebaptiser ce qui lui vaudra le nom de Léon Diop. Il sera admis à l’école des Otages de Fils de chefs avec comme vocation de l’imprégner à la culture française et d’en faire plus tard un solide allié.

De son retour d’Alger où il était orienté en qualité de relais colonial docile, Sidya a emporté dans ses bagages le titre de sous-lieutenant de l’armée française.
Conscient du plan ourdi par les colons, il décide de retourner aux sources pour réincarner sa nature première et ainsi défendre et perpétuer l’héritage de sa vénérée mère. Il commencera par un refus catégorique de collecter les impôts qui étaient assez conséquents avant de procéder à une scolarisation massive des enfants du Walo.

S’alliant avec les résistants de cette époque en l’occurrence Lat Dior Ngoné Latyr Diop et Amadou Cheikhou Ba, ils causèrent de sacrés dégâts dans les rangs français parvenant ainsi à récupérer plusieurs provinces annexées faisant de lui un chef reconnu et approuvé par les colons.

Cette ambition de résistance face à l’occupation coloniale sera finalement obstruée par un de ses alliés: il est vite trahi et capturé par les français qui le déporteront au Gabon. Le moral brisé et l’âme meurtrie, il se donnera la mort à l’âge de 30 ans.
 




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