I Love Sénégal
Instagram
Facebook
Twitter
YouTube
LinkedIn
Menu
I Love Sénégal
Facebook
Instagram
Twitter
YouTube
LinkedIn

Phillis Wheatley, l'esclave devenue poétesse renommée



30 Juillet 2018 - 13:40

L’histoire de la littérature africaine est dominée par une palette d’écrivains pétris de talent.
Au Sénégal et dans la sous-région ouest africaine, ils ont été nombreux ces princes et princesses des nuées à avoir étonné par leurs plumes.

Un vaste chantier dans lequel se distingue timidement la gente féminine sénégalaise incarnée par Mariama Bâ, Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Fatou Diome…
Des romancières d’une renommée internationale qui semblent défendre avec ferveur le leg de leur aïeule Phillis (ou Phylllis) Wheatley.


Quand l’esclavage révèle ses "avantages”

Loin de faire l'apologie de la traite des nègres, l’intitulé de ce chapitre témoigne du sort extraordinaire de la jeune Phillis Wheatley.

Vendue très tôt comme esclave, c’est à l’âge de sept ans que la jeune Phillis embarqua des côtes sénégambiennes direction les Etats-Unis.
Si l’histoire de son enfance constitue une énigme pour certains, le doute ne semble pas résidé par rapport à ses origines.
Celle que tout le monde désigne comme sénégalaise vivra une expérience unique au pays de l’oncle Sam.

Née en 1753, Phillis foulera pour la première fois le sol américain en 1761.

Comme tous les noirs qui débarquaient sur les côtes américaines, la jeune Phillis était exposée là, telle une marchandise en attendant de trouver un acheteur.

Mais à quoi pouvait réellement servir une gamine de sept ans ?
Compte tenu des critères édictés par le commerce d’esclaves, la question de la robustesse et de solidité étaient mises en avant par rapport à la mission qui attendait ces derniers.

Des critères qui ne semblent pas intéresser le couple John et Susannah Wheatley qui se la procurèrent moyennant la rétribution demandée.
Résidant à Boston dans le Massachusetts, ce riche couple de tailleurs et marchands lui attribua un traitement, on ne peut moins hostile et lui procura une assez bonne éducation. Leur statut de maîtres lui vaudra d’ailleurs ce nom de famille Wheatley.

Evoluant dans une famille assez modérée, Phillis se lia d’amitié avec les enfants du couple Wheatley, Mary et Nathaniel.

Avec ces derniers, la jeune esclave goûtera pour la première fois aux délices de la langue anglaise et de la lecture.
Elle se familiarisera aussi, avec l’appui de ses maîtres, à la langue latine et grecque, à la découverte de l’histoire avant d’explorer la Bible.

Mais son plus grand succès lui sera procurée par la langue anglaise avec laquelle elle produisit sa littérature dont le plus beau chef d’œuvre est sans nul doute "Poems on various Subjects" publié en 1773.

 

Une “damnée” au jardin des princes et princesses des nuées

Lorsqu’elle quittait les côtes sénégalaises, Phillis ne s’attendait sûrement pas à vivre une expérience aussi “exaltante”.

A cette époque de la traite des noirs, rencontrer une famille négrière avec une telle humanité était presque impossible.
L'histoire de la traite des nègres telle qu’elle nous est peinte offre un tableau macabre à telle enseigne que l’exemple de Phillis relève d’une pure exception.

Achetée par un riche couple, avec une mentalité progressiste, Phillis s’est vue encouragée à la lecture et aux études par ses maîtres. Sa première publication, elle la fera à l’âge de 13 ans.

Un poème dans lequel Phillis traite de l’histoire de deux hommes qui manquent de se noyer en mer.
En l’écrivant, la jeune fille ne s’imaginait même pas la prouesse qu’elle venait d’accomplir pour une fille de couleur de surcroît esclave.

Le poème est publié dans le Newport Mercury et rencontre un franc succès auprès des lecteurs.
Conscients de son talent, ses maîtres décident de la ménager progressivement afin de lui permettre de se concentrer davantage à son activité littéraire.
 


Une reconnaissance de ses pairs

Bientôt, les rumeurs fusaient bon train car la petite fille de couleur commençait à s’inviter dans les discussions des plus prestigieux salons littéraires américains.
Son talent hors pair, bien que salué, suscitait quelques doutes de la part de la haute bourgeoisie américaine.

La date du 30 septembre 1770 coïncide avec la mort du célèbre pasteur calviniste Georges Whitefield, une figure emblématique du méthodisme anglo-saxon qui a marqué l’Amérique toute entière.
Les hommages et éloges ne tarissaient pas à l’endroit de cette grande figure de l’église américaine.

Parmi ces hommages, celui de Phillis Wheatley rédigé sous forme de poème “On the Death of the Rev. Mr. George Whitefield” connaît un grand succès auprès de plusieurs personnalités dont le Président Américain Georges Washington à qui elle dédiera d'ailleurs un poème.

Cette renommée suscite de sérieux doutes auprès de ses pairs qui la somment de venir défendre la paternité de ses œuvres lors d’un procès organisé en 1772 présidé par d’éminents hommes de lettres regroupés au sein du groupe de savants de Boston.

Elle en ressort gagnante, sanctionnée d’une attestation en guise de préface pour son livre, "Poems on Various Subjects, Religious and Moral", édité en 1773 à Londres.

Désormais, elle peut s’élancer tout droit vers une carrière littéraire riche, axée sur des thèmes divers, inspirée de personnages hellénistes comme contemporains.
Sans le savoir, Phillis Wheatley venait ainsi de lancer les jalons d’une littérature noire-américaine aïeule de la littérature négro africaine.
 


Une “peau noire, masque blanc”

Malgré son large succès d’écrivaine de premier rang, Phillis Wheatley ne consacre qu’une infime partie de son art à la cause noire.

Si certains s’attendaient à voir en elle une défenseure de la cause des noirs, l’approche adoptée par la romancière pour traiter ce fléau est tout à fait particulière.

Même si elle a tenu à dénoncer l’esclavage qu’elle qualifie dans un de ses poèmes comme un sort cruel, il conviendrait de reconnaître sa position ambivalente, car, en même temps, elle loue les vertus de cette traite des nègres par laquelle elle est venue en Amérique, terre de sa rencontre avec le christianisme.
 


Le séjour au Royaume-Uni

Le couple Wheatley avait un fils maladif du nom de Nathaniel. Son traitement nécessitait un déplacement jusqu’en Angleterre.
Il se fera accompagner par la jeune Phillis alors âgée de seulement vingt ans. En sus de son rôle “d’assistant médical”, sa patronne Susannah jugea opportune pour la carrière de la jeune Phyllis de se rendre en Angleterre où elle pourrait faire des rencontres utiles.

C’est le début d’une nouvelle ère pour la jeune écrivaine qui recevra une vague importante de soutien venant de personnalités importantes de la bourgeoisie britannique dont une frange militant pour l’abolition de l’esclavage.

Sa rencontre tant souhaitée avec le roi Georges III ne se fera pas puisque Phillis retournera en Amérique où elle rencontrera en 1776 un autre Georges du nom de Washington, président des Etats-Unis d’Amérique.
 


Après la gloire, la disgrâce

Qui aurait cru que la souffrance viendrait de la liberté ?
La lecture du testament de John Wheatley, décédé en 1778, proclame la liberté de Phillis Wheatley.

Trois années se sont écoulées depuis son émancipation, le moment idéal pour Phillis et John Peters de se dire oui pour le meilleur et pour le pire. Cette union pure, basée sur l’amour et la tendresse se délectant de tout intérêt financier, tous deux étant pauvres, finira quand même par virer au cauchemar.

Avec ses activités littéraires presque au ralenti, faute de moyens, Phillis entreprend une vie de couple tumultueuse avec la perte malheureuse de deux bébés.
 


Réduite à l’état de domestique, elle tentera de survivre et surtout d’entretenir un enfant maladif en l’absence d’un mari emprisonné pour cause de dette.
Âgée de seulement, de 31 années, Phillis Wheatley mourra le 5 décembre 1784 suivi de son fils quelques heures plus tard.

Sa production littéraire sera enrichie par deux ouvrages publiés à titre posthume: Memoir and Poems of Phillis Wheatley (1834) ainsi que Letters of Phillis Wheatley, the Negro Slave-Poet of Boston (1864).

Son exemple servira de parfaite illustration pour les luttes abolitionnistes ainsi que pour la restauration de la valeur de l'Homme noir.

 




Lu 384 fois

Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 26 Décembre 2018 - 09:00 Le franc CFA: 73 ans d'héritage colonial.

Mardi 10 Juillet 2018 - 17:20 Le car rapide, un emblème national


Partager le site
Facebook
Twitter