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Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.



5 Juillet 2018 - 17:35

“En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle” dixit Amadou Hampâté Bâ.
Le 09 juin 2007 coïncidait avec le décès d'Ousmane Sembène, illustre figure de la culture sénégalaise.

L’homme aux multiples casquettes (écrivain, artiste, réalisateur, scénariste) a marqué d’un sceau feutré son époque.
Réputé comme étant le père du cinéma africain, Ousmane Sembène a vu le jour en 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance située dans le sud du Sénégal.

Un pays l’a vu naître mais l'a partagé avec tout un Continent dont il a pris en charge la réfection de son patrimoine culturel !
Ce vaste chantier, il l'a abordé avec tact et dextérité par une formation autodidacte gage de ses plus grands succès.

Témoin autorisé de 84 années de l’histoire du monde, il est de la responsabilité de chacun d’éviter que le feu de l’oubli consume cette riche bibliothèque d’un self made-man dont la portée pédagogique dépasse nettement les confins du continent africain !


Parcours d’un artiste autodidacte

Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.

“Dieu n’a créé que le ciel et la terre, l’Autodidacte a fait mieux, il s’est créé lui-même” avait l’habitude de dire Auguste Detoeuf.

Une assertion taillée à la juste mesure d'Ousmane Sembène. A l’instar de beaucoup de jeunes sénégalais issus de la Casamance, Ousmane Sembène eut une enfance très récréative partagée entre l’eau, les arbres, la chasse et la pêche.
Cette période d’insouciance et de liberté totale informe largement sur le caractère de l’artiste.

Prédestiné à une carrière de pêcheur pour perpétuer l’héritage en tant que digne fils de pêcheur lébou ayant quitté les côtes de la presqu’île cap-verdienne pour accoster en Casamance, Ousmane n’incarnait pas le profil requis dû notamment au mal de mer.

 

Inscrit à l’école française, il se montrera très vite hostile à l’autorité et sera prié de changer d’établissement peu de temps après.

Un bref parcours à l’école française de Marsassoum puis il troquera son habit d’écolier contre celui de mécanicien puis maçon, métiers qu’il découvrira dans la capitale sénégalaise.
Une capitale bien différente de sa région natale: ici, la présence des blancs était forte en même temps que le racisme...

Au lendemain des événements du 23 septembre 1940 ayant occasionné les bombardements de Dakar par les Alliés, bon nombre de jeunes sénégalais ont été enrôlés dans l’armée française en 1942 afin de défendre les intérêts de la “mère patrie”.
Au terme de ses 18 mois de formation militaire, Ousmane Sembène quitte l’armée coloniale, une décision encouragée par le massacre du camp de Thiaroye (1er décembre 1944).

Quatre années plus tard, Ousmane Sembène immigre clandestinement vers la France, où il décroche tour à tour de petits boulots avant de devenir docker au port de Marseille.

Dix ans plus tard, il intègre la CGT mais aussi le Parti communiste français. Fidèle aux idéaux communistes, c’est tout naturellement qu’il s’oppose aux guerres de Corée et en Indochine.
Avec ses camarades de parti, ils entreprirent une action de solidarité à l’égard de leurs frères asiatiques en bloquant le port de Marseille par lequel devaient transiter les armes destinées aux tirailleurs.

S’abreuvant des écrits d’Emile Zola, de Balzac des auteurs Africains et Américains et Gorki, Sembène Ousmane perçoit, à travers son parcours si riche, un grenier intarissable de thèmes à exploiter.
 


La voix des sans voix

Il est d’ordinaire associé à la littérature deux fonctions majeures partagées entre l’engagement et la distraction.

Pour le cas de Sembène Ousmane, la littérature est avant tout un moyen de dénonciation d’une injustice flagrante exercée par une classe d’homme sur une autre beaucoup plus “inférieure”.

Cet engagement est essentiel, à la limite vital selon Sembène pour tout écrivain désireux de s’illustrer dans le domaine de la littérature :

« Tu aspires à devenir écrivain, tu n’en seras jamais un bon, tant que tu ne défendras pas une cause. Vois-tu, un écrivain doit aller de l’avant, voir les choses dans la réalité, ne point avoir peur de ses idées… détester les poètes et les peintres qui ne montrent que ce qui est beau, qui chantent la gloire du printemps, oubliant l’aigreur du froid… ».

 

L’auteur n’a pas point besoin de s’abriter dans la fiction pour fournir une substance à ses textes.

Un bref coup d’œil dans le rétroviseur lui suffit amplement pour parler à la place des sans-voix. L’ensemble de sa bibliographie tourne autour du militantisme, de la défense des couches défavorisées.
Une position choisie et assumée à dessein et qui reflète très fidèlement le caractère rebelle de l’artiste.

Par le biais de romans et de quelques essais, Sembène retranscrit le plus fidèlement possible la situation chaotique dans laquelle vivaient les colonies infestées de rapports inégalitaires et des problèmes traditionnels.

Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.
L’une des plus marquantes productions artistiques de Sembène tire son inspiration des affres de la période coloniale.

Une période rudement vécue par les peuples noirs et dont les séquelles restent toujours visibles. Ainsi à travers "Dieu du tonnerre" publié en 1971, l’auteur y décrit les affrontements avec l’armée coloniale.

Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.

L’autre ouvrage de Sembène Ousmane qui continue d’alimenter les programmes scolaires de bon nombre de pays africains est sans nul doute “Les bouts de bois de Dieu”, un roman alléchant retraçant avec la plus grande ferveur la grève de 1947 des cheminots africains de la ligne Dakar-Niger.
 


Une accumulation de frustrations, d’humiliations et de sévices imputées aux opprimés par l’administration coloniale qui peut faire parfois preuve d’une extrême barbarie.
Cette barbarie, elle est mise à nu royalement dans son film "Le Camp de Thiaroye", Grand Prix du Jury à Venise en 1988, une œuvre qui revient sur le massacre des tirailleurs sénégalais par des gradés français en 1945.
 


Une œuvre majestueuse qui annonce l’arrivée d’une vaste période de prise de conscience de la part des Africains dont le procès sans tabou est orchestré dans "Guelwaar" (1991).

Ce procès n’a pas pour unique accusé l’Occident: Sembène ne manque pas de savonner ses propres compatriotes dans son vaste entreprise de critique.
Les indépendances tant réclamées par les Africains n’étaient en fait qu’une sorte de mirage, pire même, c’est le début de la pure souffrance pour une grande partie des nations africaines.

 

Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.
Parfois il sent le besoin de pénétrer l’histoire du continent africain pour réactualiser certains faits marquant de la vie des Africains notamment les conflits religieux du XVII brillamment illustrés dans le film “CEDDO en 1977”.

Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.

Ousmane Sembène, c’est aussi le féminisme, ce genre traité de "faible" retrouve une place cardinale dans sa production littéraire avec à la clef une trilogie titrée “L'Héroïsme au quotidien” où l’auteur braque ses projecteurs sur la condition du genre féminin en Afrique.

Le premier volet de cette trilogie aura pour titre "Faat-kiné". Il retrace le parcours d’une mère célibataire avant d’axer son second volet sur l’excision des filles en Afrique, une fléau qu’il dénonce et combat âprement dans "Moolaadé".

 

Le Pater du cinéma africain

Silence! Ça tourne autour d’Ousmane Sembène.
A force de revisiter le parcours de Sembène, vous ne verrez aucun lien solide qui le prédestine à une telle carrière.
Peut-être que la raison se trouve dans son ambivalence ou plutôt dirait-on dans sa polyvalence.

“Les paroles s’envolent et les écrits demeurent”, une citation bien connue de tous, cependant dans le contexte de production littéraire des années post indépendance, l’alphabétisation des populations africaines n’était pas trop poussée.

Il était bien de produire des ouvrages, mais ceux-ci n’atteignaient pas un si large public. Dès lors, il fallait trouver un autre canal plus facile à décoder par tous.

Âgé alors de quarante années, Ousmane Sembène décide de retourner dans les salles de classe pour apprendre un art, qui fera sa renommée.

Cette quête de connaissance la mènera en Russie plus précisément aux studios Gorki situés à Moscou.

Là, il se familiarisera au 7e art pendant une année avant de signer son retour au bercail par une première production (court métrage) titrée “Borom Sarret”, film retraçant le quotidien d’un conducteur de charrette.

 

Son baptême de feu, il le signa avec “La Noire de…” un long-métrage inspiré à partir de ses recueils de nouvelle et où il explique le parcours malheureux d’une bonne qui suit ses employés en Métropole où elle finit par se donner la mort à causes de sévices, humiliations, brimades de la part de ses derniers, le tout noyé dans une nostalgie du pays. 

Un film hautement salué par ses pairs et sanctionné du prix Jean Vigo décerné à son réalisateur.

La majeure partie de sa production littéraire a été adaptée par lui-même au cinéma.

Une méthode tellement efficace qui permet une large diffusion de sa pensée. Sa carrière de cinématographe est sans nul doute la plus riche et la plus célébrée en Afrique.

L’homme s’est vu décerner plusieurs prix dont celui obtenu avec le Camp Thiaroye (Grand Prix du Jury à Venise en 1988) ou encore dans Moolaadé (Prix Un certain regard à Cannes en 2004) peuvent servir d’illustration.

 

Complexe cinématographique Ousmane Sembene.
Complexe cinématographique Ousmane Sembene.

Dans cette même perspective de pérennisation de l’héritage de Sembène Ousmane, un complexe cinématographique a porte désormais son nom.

Situé sur la corniche ouest de Dakar, cet édifice compte près de 500 places réparties en 3 salles de 2D baptisées au nom de Djibril Diop MamBety grand cinéaste sénégalais, une de 3D dénommé Safy Faye et tout récemment une autre de 5 D dénommé Soukeyna Saleh.

 



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